Contestation et demande d’annulation des primaires municipales du Havre, Au Havre le 26 10 2013

Armand LEGAY  à Monsieur Christophe BOUILLON, Secrétaire fédéral du Parti socialiste, 32, rue d’Elbeuf, 76100 ROUEN

Lettre R/AR

Monsieur le Secrétaire Fédéral,

Cher camarade,

Christophe,

Ma démarche n’est pas revancharde car le but de ma candidature était de contrer ces primaires au Havre pour un rassemblement et un programme commun municipal dès le premier tour en mars 2014. Cette campagne, la semaine écoulée et les langues qui se délient m’ont permis de découvrir que la légitimité de cette campagne ne tenait qu’à un fil très ténu celui du chapitre 6.3 des statuts :

Article 6.3 :

« Expérimentation, Le Conseil National peut autoriser, dans le cadre d’un vote à la majorité des trois quarts et sur proposition du Bureau national ou du Premier secrétaire, d’expérimenter au sein d’une ou plusieurs fédérations de nouvelles modalités d’organisation et de fonctionnement y compris pour la désignation des candidats du parti à des élections. Cette expérimentation doit faire l’objet d’un rapport d’évaluation présenté au Conseil national au plus tard un an après sa mise en œuvre. »

Le texte ouvre la porte à une évaluation de cette expérimentation, il est urgent de la faire et d’en tirer les conséquences immédiates et impératives. Les primaires citoyennes au Havre en tant qu’expérimentation voulue par la Fédération de Seine Maritime donnent des résultats négatifs. Ces primaires n’apportent aucun des bénéfices recherchés à savoir :

· Légitimité du candidat

· Rassemblement des forces de gauche et du PS

· Succès au niveau des suffrages

Ces primaires bien que souhaitées par 2 contributions thématiques à Toulouse n’ont pas été incluses dans les statuts. Elles sont contraires aux statuts sur tous les chapitres qui traitent des municipales, elles ne sont en effet pas prévues. Elles sont contraires aux affirmations du PS contre la discrimination, nous sommes en effet confrontés à 2 voies différentes d’accès au titre de premier socialiste sans fondement éthique sur la différence. Elles ne sont pas conformes à la charte du PS sur le rôle des militants et en particulier à :

Article 23 

« Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique transparent et ouvert. Il veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à tous les niveaux. Il fait de la parité entre les hommes et les femmes un principe. Il prend en compte dans un dialogue permanent les forces et les mouvements de la société civile, en particulier les syndicats, les associations, les organisations non gouvernementales, dans le respect de leur indépendance. Le

Parti socialiste est un parti qui défend une éthique politique dans l’engagement militant. Il repose sur une adhésion volontaire qui demande que les décisions, les textes et les règles, délibérés et adoptés en commun, soient respectés »

Ces primaires sont bien loin des chiffres espérés de participation. Avant elle, en interne, seul 220 adhérents auraient pu voter : juste à la limite de 228 (114000 électeurs : 500)

Article 5.1.4

« Quorum pour les désignations de candidats : Si le nombre d’adhérents inscrits dans les sections concernées par le choix d’un candidat n’est pas égal à un cinq centième au moins du nombre des électeurs inscrits dans la commune (pour les villes de plus de 3 500 habitants), le canton, la circonscription intéressée, les sections établissent une liste préférentielle de candidats. La décision est prise par le Conseil fédéral pour les élections municipales et cantonales, par le Conseil national pour les élections parlementaires, européennes, régionales et municipales pour les communes de plus de 20 000 habitants. »

Il n’existe aucune corporation ou association ou groupement humain où des résultats expérimentaux aussi négatifs et tellement arbitraires seraient reconduits, ce sera sûrement le cas : « pas de nouvelle expérimentation » Se pose alors la question de savoir si le fait de conserver le résultat acquis a un sens et n’est pas porteur de troubles et ne serait pas une nouvelle discrimination à l’opposé du SOCIALISME.

Annuler le scrutin du Havre et rendre à la section le choix du PREMIER SOCIALISTE est la bonne décision que tu te dois de prendre. Quand on a raté un plat on ne le sert pas aux invités. Ceci permettra aussi d’éteindre les faux ou vrais bruits ainsi que les luttes d’influences. 1470 votants n’est pas représentatif quand nos instances en attendaient au moins 5000. Si les choses s’étaient passées comme à Marseille (où les adhérents demandaient ces primaires), avec le même coefficient, nous aurions dû avoir au moins 5500 votants, sans contestations et un deuxième tour.

Après coup, je constate que la désignation du premier des socialistes lors de ce vote du 13 octobre est une manière détournée des statuts. Le vainqueur de cette primaire n’est-il que l’instrument de cette direction ? N’a-t-il pas déclaré au débat du 10 octobre sur France Bleu : « Je me réjouis d’être ici à débattre avant le premier tour des primaires citoyennes que j’ai souhaité, que ma candidature a enclenché. Dimanche ce n’est pas la fin d’un processus, c’est le début de la reconquête du havre. (…) moi j’ai voulu qu’il y ait des primaires citoyennes, (…) j’ai insisté pour que les bureaux de vote soient installés près de chez vous. » Il est étonnant que notre Direction ait écouté une personne engagée en politique dans un parti pour la première fois de sa vie que depuis janvier 2013. Quid des autres adhérents ?

N’ayant que dernièrement approfondi les statuts du PS, je me rends compte aujourd’hui que la marge du respect des statuts est obsolète. En effet, rien dans les statuts du parti n’obligeait à ces primaires, car la consultation des adhérents de la section du Havre est statutaire. L’élection doit se faire en interne :

Article 5.2.7

« La désignation du candidat premier des socialistes sur la liste des municipales se fait au scrutin direct de l’ensemble des adhérents du ressort communal. La désignation du candidat à la présidence d’un groupement de communes se fait au scrutin direct de l’ensemble des adhérents du groupement de communes concernées. Les accords politiques concernant les présidences de groupement de communes relèvent des fédérations, sous réserve d’accords nationaux. »

Comme tant d’autres, moi-même, aujourd’hui, je me sens floué ayant cru nos dirigeants sur parole. D’autres villes on refusé cela (Montpellier, Clermont Ferrant) et on ne leur a pas imposé de primaires comme au Havre. Pourquoi ? Je constate aussi que ce semblant de modernité du parti n’est que le fait du Think Tank Terra Nova, association de mille experts et laboratoire d’idées du PS subventionnée par des groupes industriels et financiers internationaux qui pensent à la place des adhérents. Je dénonçais cette association à propos de sa conception de l’électorat dès le 29 novembre 2011 dans un courriel au membre du Bureau de la section PS du Havre :

« Encore une fois une somme d’experts commandités remplace la réflexion de milliers d’adhérents et de militants du Parti Socialiste. Cela me fait penser à ce pouvoir censitaire des marchés qui dicte la politique à suivre en Europe et dans le monde. »

Il fallait oser : l’avenir de la sociale démocratie est dans la « France de demain » qui serait plus facile à gagner que l’électorat historique du parti.

Cette synthèse du rapport de Terra nova innove pour l’avenir. S’il tente d’analyser les raisons de la chute de la Sociale Démocratie en Europe, il n’en trouve les raisons que dans le déclin sociologique des classes populaires et des modifications sociologiques des « murs » (fondations structurelles) de notre société, encore et toujours en confondant les avènements socio historiques anglo saxon style « Obama » pour les adapter à la France  et il compte sur les diplômés, les jeunes, les minorités des quartiers populaires, les femmes, tous inclus dans ce qu’il nomme la « France de demain » : « Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes : elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive. C’est tout particulièrement vrai pour les diplômés, les jeunes, les minorités. Elle s’oppose à un électorat qui défend le présent et le passé contre le changement, qui considère que « la France est de moins en moins la France », « c’était mieux avant », un électorat inquiet de l’avenir, plus pessimiste, plus fermé, plus défensif. » (Page 4 Terra Nova – Synthèse du rapport « Gauche: quelle majorité électorale pour 2012 ? » 10 mai 2011)

Ce n’est pas avec de semblables sentiments que l’on fait une politique. Cette opposition entre un électorat qui défend le présent et un autre contre le changement me fait penser à l’article de 1999 de Philippe Sollers sur la « France Moisie » où la force tranquille de nos Terroirs, de notre République, de nos valeurs irait contre le progrès et l’avenir incarné par cette France de demain. Une telle dualité politique ne peut favoriser cognitivement que les jusqu’au-boutismes.

Il n’y a que très peu de remise en cause de notre stratégie politique pendant ces trois dernières décennies. Si les structures des classes sociales ont changé elles ont des raisons profondément socio économiques et nos dirigeants ont leur part de responsabilité dans ces changements. La politique c’est l’intervention, la modification, la création dans le lien social et économique. L’analyse de cela reste à faire. Faite, elle serait là pour asseoir une nouvelle stratégie de reconquête de notre électorat historique. Nous sommes tous responsables de la situation dans laquelle se trouve notre pays et la force du PS devrait être de savoir se renouveler rapidement. Un ancien ministre, Ministre aujourd’hui, m’a dit un jour : « C’est en réfléchissant à plusieurs que l’on devient plus intelligent ».

Terra nova n’est pas la panacée, bien qu’elle rassemble beaucoup de sommités. Mais c’est avec de telles théories que l’on attise la haine et la montée des extrêmes de droite et religieux.

Pourtant et concernant les primaires municipales cette association dit bien qu’elles ne sont pas statutaires. « Les statuts du Parti socialiste, tels que modifiés le 11 octobre 2012, prévoient toujours (art. 5.2.7.) que la désignation du premier des socialistes aux municipales se fait au scrutin direct de l’ensemble des adhérents du ressort communal. » Plus loin pour les Villes de plus de 20 0000 habitants, elle précise que les candidatures doivent être ratifiées par le conseil national. Elle insiste en précisant que « force est donc de constater que les primaires municipales ne sont pas prévues dans les statuts du PS. » Elle indique alors l’artifice à suivre : « A court terme, dès lors qu’une telle démarche ne peut raisonnablement pas être organisée dans les premiers mois de 2013, il est possible de passer par une autre voie reposant sur le conseil national du parti. Une décision de cette instance fixant le cadre et, précisément, les modalités par lesquelles le choix du candidat peut être transformé à statut constant est souhaitable. Elle pourrait aussi se prononcer sur les villes dans lesquelles des primaires pourraient être organisées. Il faudra que le conseil national et les instances du parti veillent à associer les fédérations concernées pour que, au moment de l’organisation de la campagne puis de la primaire elle-même, l’appui sur les militants se déroule convenablement. » (Rapport Terra Nova primaires locales MEF, Equipe Terra Nova, 30 janvier 2013, pages 23 et 24 du rapport, site Terra Nova, fichier PDF)

Comme tu le vois, cette association pense bien à notre place. C’est ainsi que le 13 avril 2013, Alain Fontanel, Secrétaire National aux Fédérations, propose au Conseil National d’organiser des primaires au Havre.

Et cela bien que la Commission Administrative de Section du 6 mars 2013 a voté contre :

« Après débat, la commission la CAS du Havre demande aux instances fédérales et nationales du Parti Socialiste que la désignation du 1er des socialistes aux élections municipales du Havre de 2014 soit organisée de manière anticipée et tel que le prévoit les statuts et le règlement intérieur du Parti Socialiste ainsi que la circulaire nationale n°1386 :

« Les statuts du PS prévoient que les têtes de liste aux élections municipales et les listes des colistiers sont désignées par deux votes militants successifs (articles 5.2.7 de nos Statuts et de notre règlement intérieur).

Les désignations pour les têtes de liste ne sont définitives qu’après leur ratification en Conseil fédéral ; pour celles des villes de plus de 20 000 habitants et des villes préfectures, elles ne sont valables qu’après ratification en Conseil national (art 5.1.9) »

Ce mode de désignation ne nécessitant pas de dérogation à titre exceptionnel de la part du bureau national puisqu’il n’y a pas de situation locale dite spécifique. A savoir : plusieurs adhérents sont candidats à l’investiture comme 1er des socialistes. »

– Les 30 membres présents de la commission administrative de section du Havre réuni le 6 mars 2013 ont voté pour que cette motion soit transmise aux instances fédérales et nationales de notre Parti : Ne prends pas part au vote : 0 ; abstention : 0 ; pour : 28 ; contre : 2 »

Un courrier en ce sens est envoyé alors à la Fédération de Seine Maritime et au Conseil National, rien n’y fait, la Direction passe outre la démocratie interne et statutaire. Obéissants, les adhérents finirent par accepter cette contre disposition. Étant seul dans la section contre cet ordre, je décidai alors de rejoindre mes camarades pour cette démarche en l’utilisant comme tribune médiatique.

Je me proposai d’être le candidat en réaction à ce diktat pour faire passer le message de programme commun municipal avant le premier tour de mars 2014. Aujourd’hui je me range derrière ce rassemblement de la gauche havraise. C’est toujours pour moi la seule solution pour gagner la Mairie et combattre tous les égotismes pour être au service d’un mieux vivre pour les Havrais.

Est-ce que des raisons machiavéliques et de fiefs oligarchiques sont présents dans le dessein de certains pour laisser le Maire de droite en place ? Que le Havre ne doit pas devenir un laboratoire social, sauf une entité exploitable à merci ? C’est aussi pour cela que je demande l’annulation de ces primaires.

Reçois mon salut socialiste et républicain.

Armand LEGAY

Contribution à la réflexion du 11 septembre 2012 à Maintenant la Gauche

Culture Politique

La gauche française, comme la gauche havraise a une propension à oublier son histoire de France au profit d’une culture anglo-saxonne emprunte de germanisme. Ce n’est pas nouveau. Cette centralité idéologique, notre appareil de formation, de la maternelle aux grandes écoles, l’a complètement assimilé depuis trente ans et plus. Cela a conduit notre pays vers une hyper-spécialisation atlantique dans tous les domaines. Nous ne faisons plus référence à nos devanciers politiques ou historiques tels Ferry, Condorcet, Tocqueville, Jaurès, Blum, Mendés, Mitterrand, le de Gaulle du CNR, etc…, mais plus aux Adam Schmith et théoriciens du libéralisme, aux Schröder, Tony Blair et le sauveur spirituel d’aujourd’hui, Obama.

Notre histoire de France n’ intéresse plus cette gauche qui ne voit que cette France archaïque et moisi (selon Philippe Sollers en 1999) d’où a surgit Jeanne d’arc et le Front National. Cette Néo-culture Franco-anglo-saxonne et germanique est devenue indécrottable.

Il suffit de le constater dans tout l’hexagone, que ce soit à Marseille, Toulouse ou dans ma ville, Le Havre, cette hyper-spécialisation rationnelle et économique, interdit toute réflexion politique locale. Les intérêts du centralisme régional ou parisien priment.

Cette rationalité économique à tous niveaux, où les critères de gestion néo-libérale sont majeurs, enracinés qu’ils sont dans la tête de nos dirigeants, enfouissent cette véritable tourbe culturelle de notre pays, ce savoir autant pour le peuple havrais, de nos villes que de la nation.

Au Havre cette tourbe culturelle a donné naissance à cette Porte Océane et son ouverture sur le monde. La droite actuelle et son Député Maire, Édouard Philippe (avec en sous main Antoine Rufenacht[1]) ont pris conscience de cette fibre culturelle et reviennent sur cette terre locale en insistant, en martelant sur le développement de l’axe Seine (et aussi sur la disparition de l’aéroport d’Octeville au profit de celui de Deauville).

Que dire alors des réponses apportées par nos élus municipaux : « Plutôt que de sauter comme un cabri sur sa chaise en criant : « Ligne Nouvelle Paris Normandie ! LNPN ! », défendons notre territoire avec ambition, réalisme et pragmatisme. L’amélioration des dessertes avec Paris (voyageurs et fret) est prioritaire car d’intérêt stratégique national. Mais pour avancer concrètement et sans attendre, commençons par résoudre le problème du Mantois et du nœud rouennais. » (Tribune libre, Magasine municipal Océanes, Le Havre, sept 2012 , p. 42) ou encore de la Région Haute Normandie quand Alain Le Vern s’en prend irrévérencieusement à Antoine Rufenacht :

« Le patron du Conseil Régional a aussi commenté la lettre d’Antoine Rufenacht envoyée au Président de la République. Cet été le commissaire général pour développement de la Vallée de la Seine, ex- maire UMP du Havre, a invité François Hollande à poser la candidature « Paris-Seine-Normandie » pour l’organisation des jeux Olympiques de 2024. Le 30 juillet à Londres le Président de la République avait en effet annoncé son souhait de voix Paris accueillir cet événement. Selon Alain Le Vern, la démarche d’Antoine Rufenacht est «pitoyable ». « En arriver là après une vie politique bien remplie, c’est regrettable… Pour Moi, ce commissariat général, cela me rappelle au mieux le Consulat, au pire !a Monarchie de Juillet. » Voilà qui-devrait faire plaisir à l’ancien président du conseil régional UMP.»(Havre Libre du samedi 2012, p. 3)

L’invective a toujours remplacé le combat politique quand les arguments sont absents. Et l’on constate dans ces réponses, ce qui est écrit précédemment : « Ce qui ne va pas dans le sens de la centralité de l’hyper-spécialisation néo-libérale, que l’on retrouve chez nos élus et au gouvernement est de fait irrecevable et révocable. » Pourtant pas besoin de sondage pour savoir que nos concitoyens sont pour ce développement de l’axe Seine, comme celui du grand Marseille d’ailleurs et sans doute ailleurs. Approprions-nous en avec toutes les difficultés de tels projets! Il faut des grands travaux pour la relance et l’emploi ! Et les projets sont pédagogiques et ils n’aboutissent pas tous en fonction de l’économie puisqu’ils restent des ébauches. Par contre, ils apportent l’espoir. Nous pouvons travailler à une hyper-spécialisation Franco-française qui a existé après guerre avec les nationalisations et les grandes écoles jusque dans les années 1980.

Soutenons donc les réformes du Ministère de l’éducation Nationale et aidons-le par nos propositions pour inclure dans les formations les valeurs républicaines et laïques, mais aussi le patriotisme qui n’est pas un gros mot. L’école de la République de la maternelle aux universités et autres enseignements publics doivent enseigner, autant l’ensemble des sciences que l’honneur d’être Français et le respect de la Nation. Nul parti peut se prévaloir détenir les valeurs de notre Nation. Cela doit dépasser les clivages politiques. La culture issue des lumières émancipe et sert à combattre tous les extrémismes. Nos élus doivent montrer l’exemple.

Pôle Public de l’énergie

Un autre point essentiel qui n’est pas inclus dans les soixante propositions du Président de la République

est la création d’un Pôle Public de l’Énergie.

Une des origines du capitalisme français que nous avons connu lors de la première et deuxième révolution industrielle est le mercantilisme fondé par Colbert. Son théoricien est Antoine de Montchrétien, économiste et dramaturge. Il a publié un Traité de l’économie politique (1615) et aurait créé l’expression « économie politique ». 

Il exprime dans son œuvre que la richesse de l’État est liée à celle de la bourgeoisie et les ressources du Trésor aux biens publics. C’est ainsi que ce système postule que la puissance d’un pays dépend de ses disponibilités en métaux précieux, de son protectionnisme et de l’intervention de l’État dans tous les domaines. Pour accroître ces disponibilités, le commerce et l’industrie doivent y pourvoir. Le vin et les alcools de bouche y ont grandement participé comme échange (troc) pour les métaux précieux et le commerce triangulaire dont les esclaves. Aujourd’hui en période de crise mondiale, on retrouve ces principes toujours d’actualité. Les valeurs refuges sont toujours dans les métaux précieux, les matières premières alimentaires ou minérales, bien sur le pétrole et tout le mix énergétique, renouvelable ou non et aussi la main d’œuvre pas chère.

En France, la gauche, a, en grande partie, participé à la liquidation de nos bastions énergétiques qui faisaient la force de notre Nation devant les grandes puissances. Il reste quelques miettes. Conservons-les et agglomérons-les avec de nouvelles.

Avant les élections, je le disais à mes amis du Havre que sans un levier énergétique, les 60 propositions de François Hollande seront caduques. Je le pense toujours. Sur les six premiers supers majors pétroliers, Total en est l’avant dernière. A elles seules ces six majors contrôlent 10% de la production mondiale de pétrole. Toutes les autres sont soit nationalisées, soit d’économie mixte (État/privé). Ainsi en est-il du Golfe Persique Arabie et Qatar compris, de la Chine, du Brésil, de l’Amérique du Sud, de la Russie, l’on pourrait dire de l’hémisphère sud de la planète , pays avec des taux de croissance, même s’ils diminuent, entre 4 et 8%. Quand aux USA, la plus grande entreprise nationalisées mondiale est leur armée, donneur d’ordres et de contrôle de toutes recherches et innovations dans tous les domaines industriel, l’énergie étant sa principale phobie. En effet, selon l’EIA, les Compagnies Pétrolières Nationales représentent 52 % de la production pétrolière mondiale et contrôlent 88 % des réserves pétrolières prouvées. Rien que ces chiffres nous montrent où sont les raisons de notre décadence et de celle de l’Europe. Il y en a d’autres.

Les biocarburants par exemple et le marché global de l’éthanol demandé par les pays d’une grande partie de la planète (Chine, Inde, Brésil, USA, Russie, pays d’Afrique, Japon,…). En effet, leurs parcs automobiles fonctionnent majoritairement à l’essence que l’alcool peut facilement remplacer. Les majors pétroliers nationaux et privées en intelligence avec l’oligarchie financière internationale n’auront jamais le souci des dommages collatéraux environnementaux et humains. En conséquence, le productivisme puise sans compter dans la biomasse, les énergies, les matières premières en détruisant l’écosystème et que cette étonnante irresponsabilité, ses coûts réels sont renvoyés vers les puissances publiques et les peuples Il n’y a qu’en Europe ou le parc est majoritairement diésélisé, où l’industrie automobile et Total ont imposé cette motorisation. Une partie de notre diesel est importé en partie de Russie et nous revendons notre surplus d’essence  (car les pétrolier ne peuvent la vendre en Europe) à ces pays « essencisés ». Je me rappelle qu’après 1981, les grandes grèves des routiers, premier mouvement semblable depuis la fin de la guerre, avaient fait reculer le premier gouvernement Maurois par peur d’une crise comme au Chili. À qui a profité ce mouvement qui a imposé le bas prix du Diesel ? En premier aux industries de cette motorisation qui ont eu le temps de ce faire une manne faramineuse à investir sur le marché global. Quand sera-t-il quand ces pays « essencisés » se mettrons en partie au Diesel? Ce qu’il commence à faire d’ailleurs! L’Europe en pâtit et ce n’est pas fini. Et  aujourd’hui on parle de perte sur notre industrie automobile!!! D’où vient l’erreur………?

De plus, le rabot des nations et des peuples européens par le crédit bail (La plus belle invention du capitalisme en 1950 aux USA) et la dette n’a pas terminé son travail. L’Europe de Jean Monet fait son œuvre au service de l’atlantisme et aussi des pays dit émergents, plus simplement au service des pays qui roulent à l’essence ou au gaz.

Je ne parlerais pas du gisement géant de gaz à South Pars en Méditerranée dans le golf persique en mer d’Iran, le deuxième plus grand du monde selon le journal le Monde[2]. On comprend mieux alors les guerres actuelles du Moyen Orient dont la Syrie est un pays transitaire pour Israël et la Turquie pour le gaz et le pétrole.

Des politiques ont laissé faire en collusion avec les marchants. Et cela continu, on le voit aujourd’hui avec le crédit commercial de France, l’absence d’intervention sur la gestion des banques et de la finance comme promis dans le discours du Bourget et le recul sur le traité et l’absence de levier public sur l’énergie. Comme toujours, il n’y a qu’un seul porte monnaie qui vaille, celui du citoyen pour payer la dette à ces marchands.

Si des mesures draconiennes (ré-nationalisation, droit de veto, création de sociétés d’État pour la prospection pétrolière et minière sur terre et en mer sur les territoires français de la métropole et outre mer, interdiction de prospection sans autorisation de l’État, pour toutes sociétés françaises privées sur le territoire ou à l’étranger, etc…, ) ne sont pas prises pour contrôler les matières premières, il sera impossible de créer une quelconque relance, une catastrophe pour le futur et la porte ouverte au fascisme.


[1] Le conseiller préféré de Sarkozy avant 2007 pour son ouverture à gauche de la Mairie du Havre, laboratoire politique pour l’UMP pour le premier gouvernement Fillon

[2] Le 11 février 2008, à l’ambassade d’Iran à Paris, Christophe de Margerie était des nombreux convives qui se pressaient à la réception marquant le 29e anniversaire de la révolution islamique. Le directeur général de Total est loin d’être un inconditionnel de la république des mollahs, mais la compagnie pétrolière française a toujours cherché à entretenir de bonnes relations avec Téhéran. Malgré la difficulté d’investir dans un pays sanctionné par les Nations unies pour son programme nucléaire, rien ne serait pire que d’injurier l’avenir : l’Iran, qui possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz, sera tôt ou tard une nouvelle source d’approvisionnement de l’Europe. (Le Monde 16.05.08)