Combattre culturellement les idées extrémistes

Je ressors ce courrier que j’ai écris en 1998, car aujourd’hui compte tenu des évènements horribles de cette année et de ce 13 novembre 2015, 130 compatriotes de notre Nation France sont morts ces jours-ci. Ce texte est encore plus d’actualité. Cela pour montrer que si les tenants du pouvoir avaient voulu combattre les extrémismes de tous bords depuis 70 ans, ils avaient des outils et nombres de militants de l’éducation populaire qui étaient prêt à servir le pays et à travailler à l’éveil de citoyennes et citoyens de la République ouverts culturellement et idéologiquement à la pérennité et à l’amélioration démocratique de notre société comme le voulait toutes les femmes et hommes politiques qui faisaient parti du Conseil National de la Résistance. Il est encore temps de mettre en place un Ministère de l’Education Populaire en parallèle au Ministère de  l’Education Nationale.

Un combat d’espoir et de libération.

(Lettre du 28 mars 1998 restée sans réponse et envoyée aux principaux journaux de France et à la première adjointe du Maire du Havre)

Le 13 novembre 1944 Jean Guéhenno, inspecteur général, chargé de mission aux mouvements de jeunesse et à la culture populaire écrivait dans sa circulaire les fins poursuivies par la nouvelle direction de la culture populaire: ”mettre fin à l’avilissement, à l’exploitation d’une jeunesse par la mécanique de l’enthousiasme si chère à Vichy”.

L’effet des écoles des cadres de jeunesse du pseudo gouvernement de Pétain,” qui, plutôt que le jugement politique, relèvent du jugement tout court, et n’ont servi, à quelques exceptions prés, qu’à mieux enraciner la sottise”, n’a peut-être pas disparu lorsque l’on regarde certaines associations ou modes d’animation actuels dans les quartiers de banlieue, dont un abîme les sépare de l’éducation populaire.

Ils n’ont d’abord qu’un aspect occupationnel, souvent uniquement sportif, se disent préventif pour calfeutrer la délinquance et la violence, mais n’ont pas les moyens de parvenir a leur but, malgré leurs bonnes intentions.

Est-ce cela la socialisation?

Où se trouve donc cette éducation populaire qui devait servir à ne plus faire apparaître les thèses fascistes lorsque l’on regarde la progression du front national durant ces vingt dernières années ? Il ne faudrait pas moins d’un nouveau Ferry écrivait déjà Jean Guéhenno dans le Figaro du week-end du 5 et 6 mai 1962! Prémonition?

Comment sommes-nous arrivés à cette situation?

Le 2 juin 1944 le C. F. L. N. (comité français de libération nationale) se transforme en gouvernement provisoire de la République française avec un ministère d’unanimité nationale et à sa tête comme président du conseil: Charles de Gaule. Le 6 juin 1944 débarquent les alliés. Le 5 juillet, à Alger sont dissous les chantiers de jeunesse. Le 6 juillet toujours à Alger un décret rétablit les commissaires de la république et les libertés démocratiques en métropole. Le 27 juillet annulation de la charte du travail. Le 9 août est la journée de la légalité républicaine. Le lendemain sont supprimés les milices patriotiques. Du 14 au 25 août Paris est libéré. Le 5 octobre les femmes peuvent voter. Le 1er septembre Jean Guéhenno est chargé de la direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse rattachés à la direction générale de l’enseignement. Le 6 novembre 1944 le plan Langevin-Wallon soumet au ministre de l’éducation nationale un projet de service public d’éducation populaire qui aura comme but d’être un ferment du progrès intellectuel, technique, esthétique non seulement pour les individus, mais pour la collectivité. Une semaine plus tard, le 13 novembre 1944 dans sa circulaire Jean Guéhenno appelait les enseignants à l’aider à lancer le grand mouvement d’éducation populaire qu’avait besoin la France à la sortie des années brunes. Cette rapidité dans l’exécution de la tâche immense n’a pour but que de “mettre fin à l’avilissement, à l’exploitation d’une jeunesse par la mécanique de l’enthousiasme”, si chère à Pétain, à Mussolini, à Franco et à Hitler.

Le 2 décembre 44, cette direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse se dénomment maintenant « Direction des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire ». Le gouvernement provisoire, issu du combat de la résistance, connaissait l’ennemi et savait ce qu’il faisait pour combattre les idées fascistes. Le malheur est que cette Education Populaire a disparu avec leurs auteurs, des luttes sordides ont arrêté cette éducation en cours de route.

De quoi s’agissait-il?

Vichy et son pseudo gouvernement avaient mis en place une politique d’embrigadement de la jeunesse et une autre de formation professionnelle, ainsi qu’une politique familiale, surtout dans les campagnes, lesquelles avaient pour but ultime de venir en aide à l’effort de guerre que versait la France collaboratrice à l’Allemagne nazie. Pendant quatre années cette jeunesse avait été embrigadée pour créer l’homme nouveau de ce nouvel ordre et espace vital, si chers au national-socialisme. Il fallait donc, à la sortie de la guerre, un programme de grande envergure. Le gouvernement provisoire imagina donc cette direction de la culture populaire pour tout le peuple. Les moyens pour y arriver furent dés l’origine, la création le 1er octobre 1944 de cette direction des mouvements de jeunesse et de la culture populaire. Il s’agissait d’ ”établir un service public particulièrement chargé de l’ensemble des problèmes posés à l’Etat par la nécessité de développer et d’organiser l’éducation non scolaire” écrivait en 1949, André Basdevant, chargé d’étude et de l’information à la Direction de la jeunesse et des sports. Dans un article du numéro spécial de l’information pédagogique: nécessité de l’éducation Populaire N° 3, il précise que la direction de l’éducation populaire avait pour mission de compléter l’œuvre d’éducation entreprise dans la famille, l’école, le milieu social, en offrant à l’adolescent et à l’adulte des moyens d’éducation et de culture.

Elle disposait à cet égard d’une administration centrale sous l’autorité d’un directeur, d’inspecteurs généraux, d’inspecteurs principaux, d’inspecteurs et de techniciens.

16 centres d’éducation populaire furent disposés dans le pays et étaient ouverts pour assurer la formation d’animateurs. Les difficultés financières n’ont pas permis de maintenir ce dispositif, assez ample, mais dont on devra bien se convaincre qu’il n’était pas exagéré et qui paraîtrait ridiculement faible soulignait déjà André Basdevant. Il continue en précisant que ces centres d’éducation populaire devaient contribuer par des voies qui paraîtront lointaines, mais dont il ne faut pas perdre de vue l’aboutissement, à la formation de l’homme et du citoyen.

Le 2 mai 1952 Jean Guéhenno, dans un article au Figaro, montrait encore mieux ce qu’était cette direction au lendemain de la libération: “J’ai assisté à la naissance d’une de ces grandes idées qu’engendra la Résistance. J’ai peur qu’elle ne soit en train de mourir, mais j’ai décidé, quant à moi, de ne pas assister à son enterrement. Parce qu’elle était plus vaste et plus généreuse que tout ce qu’un seul mot peut signifier, parce qu’elle avait les ailes de l’espérance, parce qu’elle était difficile à cerner, à emprisonner, on ne sut d’abord, en novembre 1944, comment la nommer: on parla de culture populaire, mais ces mots ne disaient pas ou disaient mal tout ce qu’on voulait. Ce qu’on sentait c’était le besoin qu’avaient les peuples de nouvelles lumières. Tous les malheurs que nous avions subis, cette guerre qu’on nous avait faite pour nous asservir, ne venaient peut-être que de l’obscurité où ils étaient encore. Les propagandes, les fascismes, les totalitarismes, toutes les mécaniques de l’enthousiasme n’avaient été puissantes sur l’âme des peuples européens que parce qu’ils avaient assez de lumière pour être émus par les idées, mais non pas assez pour les contrôler. Et notre peuple lui-même, s’il avait été un moment tenté par la servitude. Il est clair qu’il ne suffisait pas de savoir lire et écrire pour vraiment être citoyen. Même cette culture inachevée, peut-être, augmentait les dangers. Le viol des foules à demi cultivées, des jeunesses surtout, était facile. C’est ainsi qu’on créa, en novembre 1944, une direction de la culture populaire, à côte de trois directions traditionnelles du ministère de l’éducation nationale.

Sa fonction devait être de poursuivre et d’accomplir le travail de l’enseignement primaire et secondaire, d’élever au plan de l’enseignement ce qui était livré aux propagandes, la formation des citoyens. (….) Il s’agissait sûrement de faire un peuple entre les peuples par la puissance de réflexion et de choix qu’on lui donnerait. (….)La place me manque pour raconter ce qu’à été l’histoire de cette direction, de cette idée. Elle est triste; et d’abord on la coucha dans les draps du sous-secrétariat vichyste à la jeunesse. C’était des draps sales difficiles à laver. On l’associa à la direction des mouvements de jeunesse, et on devine que ces mouvements confessionnels ou politiques s’entendirent assez mal avec un nouveau mouvement qui ne se recommandait, lui, que du respect des esprits et de la liberté critique. Un peu plus tard on fit pis :

On la subordonna à la direction des sports, comme si c’était à la tête de suivre et aux bras et aux jambes à commander. Il en est résulté de tout cela une horrible confusion. J’ai pris part, ces jours derniers, aux débats du Conseil de l’éducation populaire et des sports. Les boxeurs, les amateurs de basket, les montreurs de marionnettes y ont débattu de ce que doit être l’Education populaire. Par comble, l’on a discuté d’un projet de loi dite “sur l’Education populaire ». Les débats mêmes ont fait la preuve qu’elle ne fera qu’entériner le passé, réglementer la vie des mouvements de jeunesse confessionnels et politiques. Qu’on l’appelle donc “loi sur les mouvements de jeunesse» !

Mais que ce grand mot d’Education populaire ne serve pas à la couvrir. La question de l’Education populaire reste entière. Elle ne peut être résolue par une simple direction. Ce qu’on espère, c’est qu’un homme politique, qu’un grand ministre face pour la France des années 1950 ce que Ferry fit pour la France des années 1880, et donne à ce peuple les lumières dont il a besoin pour traverser de nouveaux périls. ”

En 1962, dans le Figaro, Jean Guéhenno se souvenait toujours de cette fièvre du lendemain de la Libération dont on avait si mal tiré parti. Il avait souvenir d’avoir été intimement mêlé aux travaux d’un nouveau service public (…) de l’éducation permanente du citoyen. Il se battit un an.

Les souvenirs du secrétariat vichyssois à la jeunesse empoisonnaient tout. Dans la confusion politique, chaque parti ne pensait qu’aux profits qu’il pourrait tirer de la nouvelle institution. Chaque parti ne pensait qu’à faire des citoyens que pour lui et à flatter sa clientèle. Jean Guéhenno qui n’avait pas le goût de la puissance, démissionna. Quinze ans après, il s’étonnait qu’aucun ministre n’ait tenté de vaincre les résistances particulières et lancer le grand mouvement nécessaire à l’éducation générale des citoyens. Concernant le sport, il ne s’agissait pour lui de le négliger, mais de ne pas le séparer d’un entraînement plus général de tout l’être humain. Ces résistances particulières viennent peut-être aussi de beaucoup de décideurs à la libération qui croyaient que l’école dans le futur devrait assurer à elle seule la charge de l’éducation citoyenne. Ce qui évoque cette approche est dans le rapport sur les travaux de la commission pour la réforme de l’enseignement présenté par Marcel Durry en 1944 à Alger. Il précise “qu’au moins pendant la période de transition et en attendant que l’école assume dans son intégrité le rôle immense qui doit être le sien, l’Etat doit reconnaître ces bonnes volontés, (de l’Education populaire), s’appuyer sur elles et les utiliser. ”

Pourtant l’Education populaire qui prend racine dans le mouvement ouvrier naissant du 19éme siècle connaissait déjà les dangers des extrémismes. En effet Marcel Martinet (1887-1944) poète intimiste, intellectuel socialiste, d’une foi révolutionnaire très peu doctrinale, ouverte sur l’action, reste un témoignage, une analyse à redécouvrir pour notre futur incertain. En 1921, ardent partisan du jeune parti communiste français, il prend la direction de la page littéraire de l’Humanité fondée par Jaurès.

En 1924 éloigné de l’action par la maladie, minoritaire de gauche, séparé du parti communiste, il sera l’un des premiers à dénoncer le stalinisme. Pour lui, à cette époque, “l’émancipation de la classe ouvrière ne peut passer que par la redécouverte de sa propre identité, gommée par la culture accaparée par la classe dominante”. En mars 1935, dans sa préface de “La culture prolétarienne” il précise et affirme “que la possibilité d’une reconstruction sociale dépend des hommes et que c’est la négation même de l’imposture fasciste. Les fascismes supposent le mépris des hommes. Les fascismes mentent en se disant anticapitalistes. ” Ceci pour cette époque d’avant guerre qui ne connaît pas de déstructurations en terme d’économie capitaliste comme aujourd’hui. Par contre la forme de reconstruction sociale en opposition à ces déstructurations dont profite le front national, est d’actualité:

“La bourgeoisie petite et grande est prête à se démettre de son destin aux mains d’un chef”. C’est ce que l’on voit, en partie et à nouveau, en mars 1998. Cette Education populaire, les théoriciens de l’extrême droite l’ont toujours combattue; Charles Maurras en 1936 stigmatisait déjà le “délire pédagogique” des responsables de cet enseignement. Il ne voyait dans la politique de 1936 et du front populaire qu’un “encouragement à la paresse, à l’oisiveté”.

Dans le journal “Gringoire”, André Tardieu dans son éditorial du vendredi 3 juillet 1936, concernant les idées du front populaire ni voyait que “ des écervelés de tout poil (qui) ont fait assez de mal à la France » et qu’il fallait changer de régime constitutionnel, parlementaire, électoral, administratif, social, intellectuel et moral, changer de régime tout court. Le FN n’écrit pas autre chose aujourd’hui dans son programme.

Dans ce numéro du Gringoire, Hitler était le danger; mais non pas Mussolini qui était mis en exemple.

Marcel Martinet et Jean Guéhenno avaient raison et ont toujours raison. L’un pour une culture intransigeante qui soit intégrée au salariat ; l’autre pour une culture qui soit individuelle. Ils ne sont pas opposables, mais complémentaires.

Qu’est devenue cette Education depuis 1960 ?

Mai 1968 amène un bouleversement, une prise de conscience qui remet en question tout un système de valeurs dans toutes les sphères de la société. De Gaulle démissionne en 1969, Pompidou devient président de la république. Un consensus se fait autour d’un projet de loi sur la formation permanente. Le 16 juillet 1971 la loi est votée. Elle marque le déclin de l’Education populaire. Elle va permettre à la formation professionnelle et technique de s’accaparer de la nouvelle “’Education permanente”. La crise des années 70 va amener la formation en alternance qui subsiste jusqu’à aujourd’hui. Cette accaparation de l’Education populaire et de sa pédagogie dans l’appareil de la formation professionnel va noyer dans un consommable jetable la pseudo adéquation du salariat au monde dit moderne. Cette économie capitaliste globale Française peut alors fabriquer son propre potentiel humain en puisant dans le chômage qui reste alors son bouillon de culture, son terrain d’expérience pour la flexibilité. Elle n’a plus d’opposition contradictoire en terme culturel de reconstruction sociale et économique.

Ce qui permet aujourd’hui un retour de l’histoire avec la destruction du tissu social que nous connaissons.

Cette culture technique, mécanique, dirait Jean Guéhenno, va dans le sens et nourrit les théories de l’extrême droite: le viol des foules à demi cultivées peut recommencer.

Sur L’animation Socioculturelle.

En 1975 J. Simpson dans son article “aspects généraux de l’animation culturelle (bulletin d’info du centre de documentation pour l’éducation en Europe n°4) évoquait les conditions plus curatives, préventives ou plus positives de l’animation. Il pensait déjà que le “fossé culturel” qui existe entre les couches sociales, et les frustrations qui en découlent, sont une menace pour le développement des sociétés démocratiques.

Il prédisait aussi que face à ces contradictions, l’animation ne devait pas être utilisée comme un “simple mécanisme d’adaptation” ou comme un “palliatif destiné à adoucir les malheurs”. Il précisait les principes d’une citoyenneté active basée sur l’autonomie, la liberté. Cette animation là, devait promouvoir une société ouverte, participative et favorable à l’épanouissement de la personnalité. Cette animation Socioculturelle, fille de l’Education populaire, de l’Instruction publique de Condorcet, du Mutuelliste, du Coopératisme, du Syndicalisme, de l’Action sociale chrétienne s’est en fait rabougrie ces dernières années. L’exclusion aidant, la mutation capitalistique globale n’étant presque plus contestée politiquement, par manque de culture, d’intervention citoyenne et de capitulation politique, l’animation

Socioculturelle n’avait comme ressource, imposée par le biais des différents dispositifs gouvernementaux et leurs subventions (nécessités alimentaires obliges) à s’insérer dans la prévention, dans ce qu’écrivait Simpson en 1975 « un simple mécanisme d’adaptation » des populations victimes de la mutation économique ces vingt dernières années. Comme je l’écrivais précédemment la loi du 16 juillet 1971, en s’accaparant l’Education populaire et permanente pour la mettre à son goût dans la formation professionnelle au service de l’économie, de son industrie, de ses services et de sa mutation, fût un nouvel acte d’enterrement de cette belle histoire portée à bout de main par tant de militants culturels et sociaux que l’on a pas écouté.

Le même mois de juillet 1971 une autre loi est votée qui entérine pour la première fois « au monde » une situation de travail précaire. Elle ne put plus être combattue et ouvrait la déréglementation du travail que l’on connaît aujourd’hui : Il s’agit de la loi sur la triangulation du travail temporaire.

La même année, un colloque présidé par René Lenoir, Directeur de l’Action sociale, mettait en évidence la délinquance et la désintégration des familles. En 1977, Jacques Barrot met en place l’opération “Habitat et vie sociale” pour pallier aux difficultés dans les HLM déjà découvertes dans le rapport Lenoir.

De cette opération vont découler tous les autres dispositifs après l’explosion des Minguettes en 1981. Plus tard, par la loi du 12 novembre 1992, le contrat de ville deviendra le cadre unique de la politique de la ville. L’on connaît le résultat et le projet de loi de Martine Aubry. S’il marque une différence évidente ave les autres politiques, il n’est pas pour autant en rupture avec elles.

En effet, dans un article du monde du 27 mars 98, Alain Leboube, cite Michel Dollé, Rapporteur général du CSERC (Conseil supérieur de l’emploi, des revenus et des coûts) lequel révèle “une attitude assez spécifique à notre pays” : le chômeur serait responsable de sa situation; Il ne faut donc pas relever les minimas sociaux pour mieux l’inciter à trouver un emploi.

La vindicte populiste ne pense pas autrement que cette conception moralisante de l’Action publique contenue dans les projets de loi qui seront votés prochainement. Les idées de vichy ont bien traversé l’histoire en s’infiltrant insidieusement dans notre droit : Le Pen peut disparaître.

Se mettre en rupture totale.

Jean François Revel, ce 27 mars au matin proposait sur RTL la mise en place d’un Gouvernement d’Urgence nationale face à la monté de l’exclusion et de l’extrémisme. Pourquoi pas ?

Mais à quoi cela servirait si cette évidente notion d’Education populaire n’y trouvait la place qui lui est due ? L’interview accordée à l’Humanité ce même jour à Geneviève de Gaule montre que la président d’ATD Quart monde est à l’origine, avec beaucoup d’autres, sur le projet de loi contre l’exclusion.

Mais dans la dernière question posée par le journaliste, si elle dit que “cette loi n’est absolument pas un statut pour les pauvres”, mais que “c’est un texte qui agit concrètement pour que la démocratie progresse dans notre pays”, elle prend soin auparavant de préciser qu’ “il s’agit de prendre conscience qu’humainement, que socialement, il n’est plus possible de laisser des gens à la traîne sur le bas côté de la route du progrès. Cela appelle une véritable révolution sociale pour un meilleur partage des richesses matérielles et culturelles”. Elle termine en disant qu’il ne faut pas seulement défendre ce qui existe, mais “c’est en avançant, en l’enrichissant qu’on rend la démocratie plus forte”.

Une autre reconstruction à faire sont les sphères de l’éducation sanitaire et de la protection sociale qui ont les mêmes origines que l’éducation populaire.

D’abord qu’est-ce que l’éducation sanitaire?

Parisot dans “La santé de l’homme”, Lyon, novembre – décembre 1953, n° 81, la définit ainsi:

“L’éducation sanitaire est tout à la fois une science, utilisant des connaissances multiples, et une discipline qui se réclame d’une pédagogie nouvelle et très particulière: la biologie, la psychologie, l’ethnologie, la bio statistique, la démographie, les sciences de l’homme, mais surtout l’hygiène, la médecine préventive, les sciences médicales et sociales, les techniques et méthodes éducatives, notamment celles qui ont trait à l’audio visuel, fournissent à l’éducation sanitaire ses bases et ses principes, sa doctrine et ses moyens d’action”. Une autre définition montre différemment que l’éducation sanitaire est une branche de l’éducation populaire :

“L’éducation sanitaire enseigne comment éviter les maladies et les accidents, comment favoriser la croissance, comment développer un corps sain possédant un maximum d’aptitude physique et d’équilibre mental, comment prolonger l’existence et la rendre plus utile à la famille et à la société. Elle a pour but ultime la prolongation de la vie humaine par la réduction de la mortalité et de la morbidité évitables. A cette fin elle tend à créer un milieu salubre; elle recommande les pratiques personnelles et les mesures publiques susceptibles de prévenir la maladie où de favoriser la santé; et quand celle-ci est déjà compromise, elle conseille de remédier sans délais aux affections qui en sont responsables. Son objectif immédiat est d’accélérer l’adoption par les individus et par la société des pratiques et des mesures qui découlent de la science de l’hygiène; de réduire dans le secteur de la santé le décalage universel entre les découvertes scientifiques et leurs applications. ” (L’éducation sanitaire par Jules Gilbert: les presses de l’université de Montréal 1963)

Concernant cette prise en compte sanitaire et de protection sociale, nous avons en France un texte important. C’est celui qui se trouve dans le dixième et onzième alinéa du préambule de la constitution du 27 octobre 1946 sur le droit à la protection sociale :

“La nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler à le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables l’existence”.

L’accès à la culture passe donc bien aussi par l’accès aux soins. En effet, l’exclusion induisant de graves problèmes de santé, ou selon, de graves problèmes de santé induisent l’exclusion, comment avoir accès à la culture, à l’emploi, à la formation, si pathologiquement, l’être ne peut compter sur son corps et son esprit malades par manque de soins ?

Qu’est donc devenu l’article premier, ci-dessous, de l’ordonnance du 4 octobre 1945 portant organisation de la sécurité sociale qui allait de pair avec la création un an plutôt de la direction de l’éducation populaire ? : “Il est institué une organisation de sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toutes natures susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de familles qu’ils supportent”.

Ce n’est sans doute pas le cas en ce moment quant réapparaissent des maladies comme la tuberculose (France : 900 morts en 1997). Le Haut Comité d’Etude à la Santé, dans le monde du 20 février 98 avertit d’ailleurs que “l’absence de projet (de santé) d’envergure visant les jeunes peu qualifiés et d’origine modeste qui sont les plus exposés à la précarité” est inquiétant. Il estime que “la progression actuelle des phénomènes de précarisation qui fragilisent des secteurs entiers de la population sont susceptible, à moyen terme, de provoquer une réelle dégradation des couches sociales les plus défavorisées et, au-delà, celle de la population entière”. Il n’y a à ce que l’on sache ni bactérie ni virus de classe !

Ces problèmes graves de risques de déconstruction sociale tant sanitaire que culturel, sont des raisons d’aller aussi loin que possible vers ce que j’appellerai une animation Socioculturelle préventive ou thérapeutique pour sortir de l’exclusion. Cela nécessite bien de mettre à niveau cette éducation nouvelle, solidaire, individuelle et véritablement citoyenne pour exclure radicalement les extrémismes. Des outils existent.

Epilogue

L’on me fera l’objection que face aux difficultés de l’exclusion et de l’extrémisme, je veuille utiliser l’histoire pour faire revivre une mystique républicaine et laïque de l’après guerre. Que cette démarche ne peut-être en adéquation avec le mouvement social car nous sommes dans une période d’extension ayant ces caractéristiques propres ! Et l’on dira, que l’éducation populaire n’échappe pas à cette complexité. C’est justement pour cela que je confirme m’appuyer sur l’histoire, pour parvenir avec d’autres à un enthousiasme ouvert et hédoniste, autre que mécanique et technique.

Armand LEGAY

Animateur socio culturel

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