Contrat social pour une formation citoyenne et professionnelle, nationale et transnationale (2éme partie)

Modèle théorique, philosophique et politique de Rousseau

Rousseau au fait des connaissances scientifiques de son époque complète donc son modèle théorique et philosophique aussi de connaissances chimiques et alchimiques. Il emprunte à tous les chercheurs du dix-huitième siècle. Pour la plupart, alchimistes ou chimistes, médecins, apothicaires, physiciens ou mécaniciens de l’époque étaient tous équipés dans leur sous-sol, grange, cave, d’un laboratoire, où avec différents modèles d’évaporateurs ils œuvraient à différentes recherches.

Beaucoup donnaient des cours théoriques et pratiques et Rousseau y a participé. Il cite souvent Buffon. Chaque chercheur utilisait dans la recherche de la quintessence de la matière, l’alambic, les cornues et le thermomètre à alcool «d’esprit de vin» pour constater selon les matières rectifiées, la température lors d’une modification de mixtes dans la tradition alchimique. Ce qui confirme que «le mythe d’une chimie mécaniste qui aurait balayé la chimie et sa théorie principielle de la constitution des mixtes ne résiste pas à une étude attentive des travaux de ces auteurs.» (Bensaude, 1999, p. 42)

En effet, pour arriver à la chimie actuelle, il s’agit donc bien d’un long processus et non pas d’une rupture, même si celle-ci a bouleversé la science mécaniste. Pour Rousseau, qui croit en un être suprême ou puissance supérieure, la génération spontanée est donc une chimère. Il est prêt à parier sur l’infini que le vivant n’est point le fait de hasard et que «l’organisation et la vie ne résulteront point d’un jet d’atomes, et qu’un chimiste combinant des mixtes ne les fera point sentir et penser dans son creuset (…)La seule génération des corps vivants et organisés est l’abîme de l’esprit humain ; la barrière insurmontable que la nature a mise entre les diverses espèces, afin qu’elles ne se confondissent pas, montre ses intentions avec la dernière évidence. Elle ne s’est pas contentée d’établir l’ordre, elle a pris des mesures certaines pour que rien ne pût le troubler. » (Rousseau, 1762, p. 69)

Partant toujours de l’étude de la nature pour comprendre son fonctionnement infini qui crée un ordre naturel, il fait une similitude du corps politique en disséquant le corps humain qui est un tout. Le corps politique est donc aussi pour lui un être moral qui a une volonté :

«Le corps politique, pris individuellement, peut être considéré comme un corps organisé, vivant, et semblable à celui de l’homme. Le pouvoir souverain représente la tête ; les lois et les coutumes sont le cerveau, principe des nerfs et siège de l’entendement, de la volonté, et des sens, dont les juges et magistrats sont les organes ; le commerce, l’industrie et l’agriculture, sont la bouche et l’estomac qui préparent la subsistance commune ; tes finances publiques sont le sang qu’une sage économie, en faisant les fonctions du cœur, renvoie distribuer par tout le corps la nourriture et la vie ; les citoyens sont le corps et les membres qui font mouvoir, vivre et travailler la machine, et qu’on ne saurait blesser en aucune partie, qu’aussitôt l’impression douloureuse ne s’en porte au cerveau, si l’animal est dans un état de santé.» (Rousseau, 1755, p. 9)

Dans cette citation, on voit bien que Rousseau prend des exemples dans les connaissances des sciences d’alors ; l’étude de la chimie ou de la médecine était à son époque l’apanage des médecins et des apothicaires, lesquels médecins comparaient aussi aisément le fonctionnement du corps humain à un alambic. Rousseau est lui aussi victime des arts et des sciences, il ne le réfute pas d’ailleurs puisque pour lui le besoin d’ordre et de contrat naturel de la nature chimique et biologique sortant de l’alchimie, l’oriente aussi vers l’idée d’ordre pour le contrat social[1].

Après le siècle des lumières, un objet, qui après l’alambic et le thermomètre révolutionna la chimie, est la balance utilisée en premier par Lavoisier.

«La balance est donc tout à la fois l’instrument privilégié du laboratoire de chimie, un concept organisateur qui permet de faire abstraction de certaines circonstances, et un instrument de documentation qui crée un théâtre de la preuve en offrant cette possibilité de contrôle des phénomènes, elle ouvre en outre une voie de passage entre science et technique. Du laboratoire à l’atelier, de la chimie pure à la chimie appliquée, la balance a bien supplanté l’alambic et la cornue comme symbole de la chimie.» (Stengers, Bensaude-Vincent, 1993 p. 121)

Si la balance détrône l’alambic dans nos laboratoires depuis 200 ans, nous n’oublions pas que cet appareil a été pendant au moins quatre mille ans, pour le parfum puis l’alcool, celui qui a servi à faire le lien entre l’esprit, la matière et le vivant en tant qu’élément et outil de l’alchimie et donc de l’hermétisme, de la « techné », de la « mécane » ou encore de la « Métis » (déesse de la ruse de l’intelligence des Grecs) qui dirige l’esprit animal et l’homme.

Avec la révolution industrielle, cette alchimie transformée en chimie va engendrer un déterminisme en science qui sera remis en cause au XXème siècle par la physique quantique. Le rationalisme où l’ordre qui existe dans notre modernité n’en est pas moins issu de cette similitude avec un hermétisme, qui a conduit au rationnel du XVIIème siècle. Rousseau, le chercheur, le savant utilise toutes les connaissances de son époque pour s’étudier lui et ses semblables.

L’évolution technique, vers une technologie au service du vivant

Chacun dans sa découverte, comme Rousseau, crée une rupture dans l’innovation. Rupture née du hasard qui crée cette incertitude, cet aléa dans l’évolution technologique construisant risques et « advenir ». Rupture qui d’un bond à une autre découverte, invention, transformée en innovation alimente le processus historique pendant un espace-temps jusqu’à une autre rupture technologique. Et cet espace-temps de construction humaine, fait de tension, de guerre, de combat, de pouvoir, de religion, d’imagination, de bouleversement social, de création, d’invention technique, d’innovation, existe grâce à la biosphère de notre planète (où la déesse Gaia, la terre nourrit sur son sol toutes les choses qui sont.)

Et  la Gaïa de l’antiquité, par la matrice de sa biosphère où le hasard et l’énergie ont pour effet d’orienter cette construction et de la rendre irréversible, nous donne ses biens gratuitement. En effet, cette biosphère, cette machine climatique provenant en partie de la matière vivante permet l’existence d’êtres sur la planète. Cette machine, selon la théorie de la thermodynamique non linéaire du déséquilibre, est le résultat d’un apport d’énergie se dissipant et se renouvelant débouchant sur une création de forme.

Comme toute entropie[2], « nous touchons ici un point des plus surprenants de la physique de non-équilibre : la création d’ordre n’est possible que dans les systèmes loin de l’équilibre ».  (Prigogine, 1985, p.54)

Les domaines de la physique et la conséquence pour nos sociétés humaines est d’exister grâce à cela. Les systèmes de nos sociétés traversent des points dits critiques à partir desquels ils se structurent. Or, les divergences qui s’ouvrent aux points critiques se réalisent de façon aléatoire.

Le hasard réside au cœur de l’événement et, comme l’écrivent Prigorine et Spengers « le démon de Laplace[3]  est mort » (Passet, 1985, p. 70-71)

C’est en ce sens que je perçois le moteur aléatoire de destruction-construction qui de façon critique va participer à structurer les sociétés humaines avec tous les risques inhérents de sa disparition

Cela se traduit pour moi par une valeur, une économie du vivant. En effet, la ville, l’entreprise ou l’appareil productif sont des structures comparables aux organismes vivants, dans le sens d’une continuité corporelle et matérielle, puisque conçue et dirigée pour les hommes. Et ces structures organiques, tôt ou tard finiront par disparaître pour qu’à la suite d’autres naissent de façon télescopique. Elles vont se développer grâce aux énergies qu’elles empruntent à leurs milieux ou qu’elles exportent d’autres milieux. Fondée sur le vivant, cette forme d’économie ne peut être ouverte que sur la vie, sur le processus historique et ses valeurs au contraire de l’économie de l’avoir.

Comme l’écrit René Passet, « cette économie se situe dans une longue chaîne d’interdépendances qui, partant de l’énergie solaire (renouvelée sous forme de flux capté par les végétaux ou stockée sous forme de réserve fossile), se transmet d’un niveau à l’autre pour parvenir à l’homme. Tout ceci est interdépendant. Il en résulte qu’un développement durable des sociétés humaines implique la pérennité des ressources naturelles et des énergies motrices. » (Ibid, 1985 p. 69)

Ainsi, les apports des découvertes issues du mécanisme auront contribué à la production scientifique, à la chimie, à la recherche scientifique, à la thermodynamique, à la culture technique, à la physique quantique car « la culture technique, précisément, consiste dans la possession de connaissances et de savoir-faire susceptibles de fonder un minimum de maîtrise sur notre environnement et de contrôle sur l’activité de ceux dont la compétence s’avère indispensable. » (Roqueplo, 1981, p. 37, 38)   

Ce qui limiterait l’aliénation ou l’acceptation implicite du hasard en ayant conscience, en l’accompagnant sans le prendre comme puissance supérieure du temps et ainsi minimiser les risques pour construire le futur. Pour cela, il est nécessaire de penser, de gérer autrement la société, la nature, et de l’homme et de  la planète. Comme le présupposait Friedrich Nietzsche, le temps est peut-être venu, aussi, de reformer notre façon de sentir et aller vers une  autre éthique de conduite des sociétés.[4]

Le troisième élément de la biomasse et de l’écosystème, une économie du vivant

Jusqu’à aujourd’hui le fonctionnement de la nature de l’homme, par imitation, ressemble toujours au bicamérisme (deux chambres), dans le sens où le premier élément est le non humain ou objets artéfactuels, l’État, les institutions, les entreprises, l’économie, les structures religieuses. Le deuxième élément sont les représentations politiques et religieuses, les collectifs, les individus, les contribuables, la masse de consommateurs qui subissent la gouvernance des premiers.

N’est pas pris en compte dans cette gouvernance, si ce n’est pour l’aliénation des masses, le troisième élément (du sens ou du sentir dans toutes ses dimensions), qui existe pourtant : soit les aspects métaphysiques, cultuels, culturels et scientifiques (dans le sens réservé aux initiés ou sacralisés puisqu’incompris), mais qui peut être une nouvelle fabrique d’initiés, de savants au service de l’humanité et de ses peuples. Pourtant, cet élément est présent, mais caché dans notre monde productiviste et déterministe au contraire des civilisations ancienne où selon Dumézil dans les mythologies indo européennes l’on retrouve toujours une tri-fonction entre le sacré (Aujourd’hui : métaphysique, médiatique, cultuelle, religieuse) la guerre, l’armée, le combat (Aujourd’hui : conflits économiques, contradictions, antagonisme, guerres de moyennes intensités) et la masse de paysans producteurs (Aujourd’hui : salariés, producteurs, consommateurs, contribuables, sphère sociale)

Ce troisième élément caché, non compris dans le gouvernement de nos sociétés, peut devenir avec le paradigme scientifique et énergétique controversé qui s’installe devant nous, le principal élément de gouvernance en fonction de l’écosystème et sa protection. Avec l’apport de la biomasse et son exploitation énergétique à l’échelle planétaire, les paramètres de gestion économique basés sur la triangulation du développement soutenable[5], plutôt que durable (car aléatoire), mettent en avant celle-ci. Les contradictions actuelles sont toutes plus ou moins liées à son environnement (dont la biomasse serait sacralisée pour tout humain) que celui-ci soit social, économique ou industriel.

Cette troisième voie tiendrait compte de l’aléatoire, de l’équilibre entre les trois formes non linéaires de la construction des structures sociales de ce nouveau paradigme qui se met en place. Il s’agirait alors d’étudier transversalement toutes les données scientifiques autant des sciences dures que des sciences humaines pour une veille permanente, un tableau de bord en temps réel des avancées scientifiques et techniques à intégrer de façon triangulaire (l’environnement, l’économie, la production)[6]  à la connaissance et à la nature de l’homme pour une nouvelle gouvernance. Ces études et recherches s’interconnecteraient alors en permanence dans la construction de ce paradigme prenant en compte l’activité humaine et sa valeur travail pour assurer sa subsistance et dégager des intérêts financiers pour investir une part importante dans le respect du vivant, de la biomasse.

Car dans la prospective de ce nouveau paradigme, cette économie du vivant, pareil à une hybridation biochimique toujours aléatoire, avec la mise en place effective des trois pôles de développement « environnement, économique et masse de producteurs », en équilibre constant, pour l’homme et toutes les espèces vivantes, l’entreprise, unité de production de biens ou de services ne pourra plus être uniquement au service de la rémunération du capital financier, mais aussi pour la rémunération d’un capital autrement plus important pour la survie de la biosphère, la biomasse dont nous faisons partie. Une autre rationalité venant d’une technologie politique respectueuse du vivant se mettrait en place.

En effet, les techniques affluentes[7]  influencent les comportements humains pour son utilisation et son entretien, souvent de façon inconsciente. Elles sont politiques dans le sens où elles véhiculent des savoirs et un symbolisme modifiant cognitivement et constamment notre mode de vie et la structure de nos sociétés. Ces changements sont alors provoqués par la modification des rapports de production dus à cette reproduction technique et énergétique, du tout pétrole vers le bouquet énergétique de ce nouveau paradigme, l’énergie étant l’élément principal thermodynamique de création de richesses avant la finance. Pour que des risques et conflits de toutes natures provoqués par ce changement structurel n’empêchent pas de rendre caduques des perspectives, les aspects collectifs de débats contradictoires, cette éducation nouvelle, favorisant la réflexion doivent être poursuivis pour le futur. Les chercheurs, l’expertise scientifique, les sciences sociales et physiques ont là, toute leur place pour accompagner cette accélération et modification énergétique non linéaire.

La recherche, les contenus et savoirs, à condition que les décideurs économiques et politiques y souscrivent (la lutte de la classe a là toute sa place), ont une place prépondérante dans cette construction d’une technologie et biotechnologie politiques. Accompagnant cette mutation, pourrait alors survenir de nouveaux comportements individuels, responsables et collectifs venant du monde profane, donnant naissance à des sujets croyants et savants. Un printemps ou une métamorphose pour la recherche et l’intervention sociale pourrait alors survenir.

Extrémisme technologique et politique

Mais nous sommes aujourd’hui restreint dans cette recherche métamorphique par une autre technologie politique lié au numérique. En effet, l’ensemble des outils informatiques actuels sont lié de prés ou de loin à la globalisation de l’économie capitaliste et sa main mise sur la toile. Chaque  Smartphone, ordinateur, tablette, système de surveillance, détection, soit les outils techno-numériques, sont des artefacts à son service qui musèle les masses et en priorité la jeunesse.

La conception même des ses outils sont le fruit de recherches techniques et cognitives sur des sujets (nous) déjà modifiés dans nos  comportements par des outils numérique d’ancienne génération. Elles se renouvellent en permanence par une technologie encore plus avancée. Au fur et à mesure les mêmes processus de recherche  s’améliorent. Mais l’on  retrouve cela dans bien d’autres domaines d’évolution technique liés à une informatique omni présente : agriculture, construction mécanique, navale,  automobilisme, bâtiment, art ménagers et autres biens de consommation, etc…. Cette technique numérique affluente progresse d’elle-même.

Et j’évoquerais les scandaleuses agressions des techniques des plateformes et robots téléphoniques que d’aucun ne dénonce et qui tend à séparer les décideurs politiques, économiques et oligarchiques et la masse des citoyens et des peuples.[8] Lesquelles techniques contribuent à maintenir les classes ou sphères sociales ; ce qui est synonyme. Je dénonce aussi de même l’obligation qui nous est faite pour tous achats ou services de nous inscrire en ligne ou d’effectuer un travail administratif gratuit sur le net. Un autre scandale d’activité non rémunérée bientôt, sous peine d’amandes, de travailler pour le tri des déchets gratuitement. Rendez-vous compte une main d’œuvre à zéro dollar pour les filiales de Suez Environnement, société du CAC 40 !

Et avec le numérique, plus aucuns contacts directs et des milliers d’emplois qui disparaissent quotidiennement pour nourrir les dividendes : ce qui n’a rien à voir avec la destruction créatrice de l’innovation capitaliste selon Schumpeter[9].   Toutes ces techniques sont vouées dans leur conception par des ingénieurs, techniciens, ouvriers (de façon consciente et inconsciente, plus souvent inconsciente)  au service du libéralisme globalisé et de ses intérêts financiers. L’on peut alors parler de progression technoscientifique s’alimentant d’elle-même, les acteurs (ingénieurs et salariés) n’étant plus que des agents n’ayant aucun contrôle au service de cette progression. Il est à craindre qu’avec l’intelligence artificielle, l’Internet et son contrôle par les  différentes officines au service des USA et des pays de l’OTAN, (la France a les techniques de pointe en ce domaine) nous ayons du mal à faire vivre une économie du vivant telle que décrite plus haut. C’est ainsi que l’on peut employer le terme de fascisme technologique pour cette technologie affluente ; ce qui conduit à tout extrémisme politique. En effet, cette technologie politique est au service de la globalisation capitaliste et de la classe des riches mondiaux, et aussi au service des politiques, ainsi que leur représentant(e)s, en collusion avec ceux-ci. Ils  pensent, comme Warren Buffet, être en passe d’avoir gagner la lutte de classe. Tout est bon pour « victimiser » les masses et les rendre vulnérables.  Pour cela et avec ces techniques affluentes, ils utilisent  cognitivement la peur et l’inquiétude de masse comme forme de gouvernance sur l’ensemble des cerveaux pour maintenir leur complexe de pouvoir. Ils se prennent pour les dieux de cette globalité économique au service du capitalisme, leur monde. Mais cette arnaque à l’échelle mondiale n’est pas nouvelle. Elle œuvre depuis longtemps.  Friedrich Nietzche le constatait déjà fin du XIXème siècle dans son ouvrage « Aurore » et son paragraphe, La nouvelle éducation du genre humain : « Vous autres hommes secourables et bienveillants, apportez donc votre concours à cette œuvre entre toutes : débarrasser le monde de la notion de châtiment qui l’a envahi tout entier ! Il n’y a pas pire ivraie ! (…) Pire on a fait perdre son innocence à la pure contingence du devenir au moyen du maudit art de l’interprétation qu’est la notion de châtiment. On a même poussé la folie au point de faire endurer l’existence comme une punition, comme si les élucubrations de geôliers et de bourreaux avaient jusqu’à présent conduit l’éducation du genre humain. » (Nietzsche, 1881, p. 43)

Le seul espoir serait de penser autrement l’éducation des enfants de la planète pour parvenir à une autre économie que l’exploitation des masses et de la « Terre » par cette classe de capitaliste et ses geôliers et bourreaux qui se disent irréprochables. En effet, par  une étonnante et incroyable irresponsabilité, cette classe renvoi le coût des risques et  des dégâts subis vers les nations et les peuples en leur faisant croire que tout est de leur attitude répréhensible.

Pour contraindre cette classe à respecter la biosphère, le seul espoir serait que tous ceux qui veulent innover techniquement et socialement, localement et globalement, au service du vivant, se rassemblent dans leur diversité et travaille à l’émergence d’une pédagogie ouverte pour l’éducation et l’émancipation des enfants des nations de la planète. Cette pédagogie serait   respectueuse des cultures de tous les pays, de façon locale et globale, mais conscientiserait les individus et  les peuples à leur responsabilité en la chose publique.

Cette pédagogie agirait d’abord sur la conscience individuelle de l’être profond, sa place dans le monde et la société, sur son réveil psychique pour parvenir à un libre arbitre et  à des capacités créatrices. Cette pédagogie serait celle du « tous capables », comme le fait depuis 80 ans le GFEN (Groupe Français d’Education Nouvelle), pour une autonomisation de l’individu. Cela permettrait une forme radicale de prise de conscience que le monde n’appartient à personne, mais à tous les êtres vivants. Cette pédagogie est forte aussi pour remettre en cause en permanence les savoirs et les connaissances et de cela supprimer les préjugés. Elle remettrait aussi en question l’identité de chacun, sa personnalité, son regard à l’autre, son reflet sur les autres, sa sexualité, son amour et sa souffrance et combattrait ainsi la haine et l’injustice.

Elle permettrait la création artistique et sociale de tous, la découverte  de la richesse humaine des religions présentes, de leur expérience  passées, du paganisme, des religions antiques, des mythologies, même si l’on est agnostique. Elle combattrait ainsi l’égotisme effréné du pouvoir névrotique et du besoin de puissance et de survie archaïque de l’homme-animal qui est en chacun de nous.

Cette pédagogie est possible avec en plus la globalisation numérique. Utilisons les failles du « Web » avant qu’il ne soit trop tard, qu’il ne soit complètement contrôler ! Cette technique affluente numérique si elle évolue, pour une part, par elle-même reste quand même de conception humaine à sa base. Nos chercheurs en algoritmes et programmations peuvent s’ils le veulent élaborer des objets au plus proche du vivant et même des objets que l’on pourrait qualifier de vivant tellement ils pourraient être nécessaire au respect de la vie.

Ces chercheurs pourraient transmettre leur savoir à la jeunesse dans le nouveau contrat social pour la jeunesse que nous préconisons car plus il y a appropriation des connaissances par la masse de producteur-consommateurs et plus il y aura contrôle démocratique de ces objets devenus vivants dans leur conception  et utilisation.

Ce contrat social avec la jeunesse et l’homme  n’est pas nouveau dans son essence. Il avait été pensé comme éducation permanente par le Conseil de la Résistance en 1944. Il fut abandonné en France par la loi 1971[10] au service de la formation professionnelle et du patronat.


[1] «Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant.» Tel est le problème fondamental dont le Contrat social donne la solution.

Les clauses de ce contrat sont tellement déterminées par la nature de l’acte, que la moindre modification les rendrait vaines et de nul effet; en sorte que, bien qu’elles n’aient peut-être jamais été formellement énoncées, elles sont partout les mêmes, partout tacitement admises et reconnues, jusqu’à ce que, le pacte social étant violé, chacun rentre alors dans ses premiers droits, et reprenne sa liberté naturelle, en perdant la liberté conventionnelle pour laquelle il y renonça. (Rousseau, 1762, p. 14)

[2] ENTROPIE n. f. XIXe siècle. Emprunté de l’allemand Entropie, dérivé savant du grec entropê, «action de se retourner»  d’où «action de se transformer, changement». PHYS. Grandeur, qui est une fonction d’état, caractérisant la tendance d’un système à évoluer spontanément vers un état d’équilibre, différent de l’état initial dans lequel il se trouvait. L’entropie s’exprime en joules par kelvin. (Le Dictionnaire de l’Académie (9e édition) en ligne,  Site du CNRS  http://atilf.atilf.fr/tlf.htm)

[3] «Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre toutes ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule le mouvement des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle et l’avenir comme le passé serait présent à ses yeux» : (Laplace «Théorie analytique des probabilités» dans Œuvres complètes -Paris Gautier-Villars-1878.)

[4] Je nie donc la moralité, tout comme je nie l’alchimie, c’est-à-dire que jenie ses présupposés et non le fait qu’il y a eu des alchimistes qui ont cru en ces présupposés et agi en conséquence. Je nie également l’immoralité : non pas que d’innombrables hommes se sentent immoraux, mais je nie le fait qu’il y ait en vérité une raison de se sentir tel. Je  ne nie pas, cela va de soi – à moins l’être fou -, que de nombreuses actions, dites immorales, doivent être évitées et combattues ; de même que nombre de celles qui sont dites morales doivent être accomplies et encouragées ; mais selon moi, dans les deux cas, pour d’autres raisons que jusqu’à présent. Nous avons à réformer notre façon de penser et enfin, pour aller plus loin, peut-être dans très longtemps, à reformer notre façon de sentir. (Nietzsche, 1881, p. 101)

[5]Rappel : colonne environnementale, colonne économique, colonne sociale, (plus une colonne tardive, la colonne santé)

[6] Chaque élément de cette triangulation peut-être dominant selon les forces en jeu.

[7] Terme qui peut correspondre aux techniques numériques actuelles : « Techniques complexes qui nécessitent, non pas ce qu’on pourrait appeler une technique unitaire mais des techniques affluentes dont l’ensemble, dont la combinaison concoure à un acte technique bien défini. »  (Gille, 1978, p. 15)

[8] En France ce système opère une séparation entre  le groupe de direction des entreprises où collectivités et les employés (au contact direct  de  la masse de consommateurs qui n’a ainsi plus de contact avec les directions). Ces employés anonymes (vêtu souvent du même uniforme) n’ont plus de participation à la culture d’entreprise (ex : grandes surfaces alimentaires ou arts ménagers, etc…) et ne sont plus que des agents-objets ou des OS au service de ces groupes de direction qui eux-mêmes, de façon tout aussi anonyme, sont au service des  conseils d’administration et  des actionnaires. Plus avant que l’ancien régime,  on retrouve là les castes de la trifonction dans les civilisations indo européennes : les prêtres, les guerriers et la masse de producteurs chers à Georges Dumézil.

[9] La destruction créatrice désigne le processus de disparition de secteurs d’activité conjointement à la création de nouvelles activités économiques. Cette expression est fortement associée à l’économiste Joseph Schumpeter (1883–1950) et elle fut popularisée dans son livre Capitalisme, Socialisme et Démocratie publié en 1942. L’idée remonte au philosophe Friedrich Nietzsche (1844-1900), mais la formulation elle-même a été proposée pour la première fois par l’économiste Werner Sombart (1863-1941). (site Wikipédia)

[10]Les mouvements d’éducation populaire avaient une grande espérance dans cette loi qu’ils voulaient celle de la formation permanente afin que le peuple de France donne l’exemple au monde d’un Homme de paix universel. Mais la loi n° 71-575 du 16 juillet 1971 portant organisation de la formation professionnelle continue dans le cadre de l’éducation permanente ne fut pas à la hauteur en oubliant l’éducation populaire :

Art. 1er. : La formation professionnelle permanente constitue une obligation nationale. Elle comporte une formation initiale et des formations ultérieures destinées aux adultes et aux jeunes déjà engagés dans la vie active ou qui s’y engagent. Ces formations ultérieures constituent la formation professionnelle continue. La formation professionnelle continue fait partie de l’éducation permanente. Elle a pour objet de permettre l’adaptation des travailleurs au changement des techniques et des conditions de travail, de favoriser leur promotion sociale par l’accès aux différents niveaux de la culture et de la qualification professionnelle et leur contribution au développement culturel, économique et social. L’Etat, les collectivités locales, les établissements publics, les établissements d’enseignement publics et privés, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales, ainsi que les entreprises, concourent à l’assurer.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s