Controverses sur le paradigme[1] économique mondial et le paradoxe français

Essai pour une éconologie[1] sociale, politique, démocratique et scientifique

février 2012

Préface

Par cet essai, je souhaite apporter ma contribution à un modèle d’amélioration du sort de mes compatriotes dans les moments difficiles que notre nation traverse. J’espère ainsi amener ma pierre à un édifice à reconstruire. Pour cela, j’examine la vision historique de deux hommes aux destins particuliers, Karl Marx et Charles de Gaulle. Puis j’étudie succinctement le parcours socio historique et économique mondial de ces 60 dernières années en montrant à travers pays et continents la marche d’une deuxième mondialisation ou l’aboutissement du marché global qui n’est pas encore fini. Je montre ainsi le travail de l’oligarchie financière internationale et nationale dont la mission ultime est l’accaparation des économies nationales et la destruction des États pour le seul marché planétaire. Puis je mets en cause le système économique atlantique depuis la fin de la guerre 40-45 et son invention le crédit-bail qui a permis l’endettement et la dérégulation des individus, de la famille aux États-nations. La révolution du numérique depuis les années 1970 améliorera significativement la prise de pouvoir de l’oligarchie financière par l’endettement général du monde occidental. Surgissent alors depuis 30 ans deux autres économies que j’analyse : l’économie islamiste avec aujourd’hui ses 5000 milliards de dollars et l’économie chinoise qui prennent leur revanche grâce à cet endettement généralisé en Occident. J’examine la place de la France et une voie pour celle-ci où un troisième élément de gouvernance montrerait son originalité. J’émets une théorie de l’éconologie politique avec une reprise du pouvoir sur le capitalisme.

Je tente ensuite une similitude entre le discours Maria Harlem Gros Brudland  à L’ONU en 1987 sur le Développement Durable et la tri fonction herméneutique de Georges Dumézil, Philologue. La France peut avoir sa chance dans cette « déconstruction-reconstruction » qui est en cours, en reprenant son indépendance. Pour cela, je propose de réinventer les valeurs du travail ré-enchanteur pour tout le peuple de notre nation en coopération avec celui de l’Allemagne et des autres nations européennes.

 La véritable mission de la société bourgeoise ou de l’oligarchie financière internationale.

Conquérir et  faire des économies de pays de la planète un seul marché voué au capitalisme, voilà sa véritable mission. Depuis le début de ce que l’on appelle  « Les trente glorieuses », époque d’après-guerre jusqu’aux années 1980, nous avons connu des moments de presque plein emploi. Jamais, avec le bouleversement[2]  mondial d’aujourd’hui, des discours politiques tous azimuts n’ont tenté avec une telle ardeur aussi désespérante de revoir leurs copies. Sauf que ces discours restent idéologiquement et  « indélébilement »noyés dans le libéralisme et néo-libéralisme[3] qui ont conduit à cette rupture économique mondiale actuelle, même si quelquefois certains croient pouvoir orienter la marche de la société à travers une alternance réformiste qui est en échec patent en Europe avant et depuis 1989 et la chute du communiste.

 Est- ce qu’une autre voie est possible ? C’est ce que je vais tenter de développer à la fin de ce document. En commençant, je prends comme base de référence idéologique deux hommes de destins particuliers qui marquent toujours l’histoire.

 Karl Marx et Charles de Gaulle

Le premier écrivait dans les échanges de courrier qu’il avait avec Friedrich Engels le 8 octobre 1858 : »La véritable mission de la société bourgeoise, c’est de créer le marché mondial, du moins dans ses grandes lignes, ain­si qu’une production conditionnée par le marché mondial. Comme le monde est rond, cette mission semble achevée depuis la colonisation de la Californie et de l’Australie et l’ouverture du Japon et de la Chine. Pour nous, la question difficile est celle-ci : sur le continent la révolution est im­minente et prendra tout de suite un caractère socialiste ; mais ne sera-t-elle pas forcément étouffée dans ce petit coin, puisque, sur un terrain beaucoup plus grand, le mou­vement de la société bourgeoise est encore ascensionnel ? » (Marx, 1977, p. 343)

Cette citation, et pensée de Carl Marx, est extraordinaire par la vision qu’il a de l’observation de l’évolution du monde de son époque, 154 ans avant les événements de la mutation économique d’aujourd’hui, de la chute des pays de l’Est, bien que se maintienne la Chine et pourquoi pas bientôt de cette Europe qui voudrait conduire à tort au fédéralisme.

Le second, Charles de Gaulle avait en 1962 une vision précise sur l’Europe et sur la place de la France dans celle-ci. Il est des pères de l’Europe avec le chancelier allemand Adenauer qui avaient une conception d’une Europe confédérale et de coopération, au contraire de Jean Monet, l’autre père d’une Europe fédéraliste ou des États-Unis d’Europe qui était taxé par Charles de Gaulle d’atlantiste au service des USA et de l’Angleterre.

Comment de Gaulle voyait-il cette Europe ? C’est avec Maurice Couve de Murville, son Ministre des affaires étrangères qu’il avancera pour sa vision de l’Europe. Il disait de son ministre « qu’il a le don, la foi, persuadé que la France, ne saurait durer qu’au premier rang, qu’avec de Gaulle on peut l’y remettre, que rien ne compte ici bas excepté d’y travailler » (De Gaulle, 1970, p. 181). Et ce travail ne pouvait être que celui de rapprocher des nations distinctes, de vieux peuples fiers de leur pays, de leurs cultures, de leurs traditions, de leurs échanges historiques culturels et avec les autres peuples du continent Indo-Européen, lieu historique de naissance de la France.

Il écrit : « C’est ce que nous allons faire sur le vaste champ de l’Europe. Pour moi j’ai, de tout temps, mais aujourd’hui plus que jamais, ressenti ce qu’ont en commun les nations qui la peuplent. Toutes étant de même race blanche, de même origine chrétienne, de même manière de vivre, liées entre elles depuis toujours par d’innombrables rela­tions de pensée, d’art, de politique, de com­merce, il est conforme à leur nature qu’elles en viennent à former un tout, ayant au milieu du monde son caractère. C’est en vertu de cette destination, de l’Europe qu’y régnèrent les Empereurs romains, que Charlemagne, Charles Quint, Napoléon, tentèrent de la rassembler, qu’Hitler prétendit lui imposer son écrasante domination. Comment, pourtant, ne pas observer qu’aucun de ces fédérateurs n’obtint des pays soumis qu’ils renon­cent à être eux-mêmes? Au contraire, l’arbitraire centralisation provoqua toujours, par choc en retour, la virulence des nationalités. Je crois donc qu’à présent, non plus qu’à d’autres époques, l’union de l’Europe ne saurait être la fusion des peuples, mais qu’elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement. Or, tout les y pousse en notre temps d’échanges massifs, d’entreprises communes, de sciences et de techniques sans frontières, de communications rapides, de voyages multipliés. » (Ibid. p. 181/182)

« Ma politique vise donc à l’institution du concert des États européens, afin qu’en développant entre eux des liens de toutes sortes grandisse leur solidarité. Rien n’empêche de penser, qu’à partir de là, et surtout s’ils sont toujours l’objet d’une même menace, de l’évolution puisse aboutir leur confédé­ration. En fait, cela nous conduit à mettre en oeuvre la Commu­nauté économique des six ; à provoquer leur concertation régulière dans le domaine politique ; à faire de sorte que certains autres, avant tout la Grande-Bretagne, n’entraî­nent pas l’Occident vers un système atlantique qui serait incompatible avec toute possibilité d’une Europe euro­péenne, mais qu’au contraire ces centrifuges se décident à faire corps avec le continent en changeant d’orientation, d’habitudes et de clientèles ; enfin à donner l’exemple de la détente, puis de l’entente et de la coopération avec les pays de l’Est, dans la pensée que, par-dessus des partis pris, des régimes et des propagandes, ce sont la paix et le progrès qui répondent aux besoins et aux désirs com­muns des hommes dans l’une et dans l’autre moitié de l’Europe accidentellement brisée. »(Ibid. p. 182)

Ces deux textes ont 100 ans de distance, l’un écrit en 1858, l’autre en 1960. À y regarder de plus près, ces deux hommes Carl Marx et Charles de Gaulle, que rien  ne permet de  rapprocher quant à leurs cheminements politiques, ont, à travers le temps une similitude. C’est ce petit coin de continent pour Marx et d’Europe pour de Gaulle. Ce qui lie ces deux personnages dans leurs pensées est leurs intuitions sur l’Europe qu’ils ont à des époques distinctes. Elles leur servent de support de réflexion, de vision, pour l’un à travers la classe bourgeoise, sa culture et sa domination sur les peuples européens pour analyser le capitalisme et les rapports de production, l’autre sur la tradition historique et culturelle du peuple de France et des nations de ce continent pour mettre en place une politique française issue d’une introspection historique d’un pays et d’une civilisation particulière, liée aux autres pays européens.

Cette vision qu’ils avaient tous deux, pour l’un, Carl Marx, économique, elle s’est réalisée en 1989, 130 ans après sa lettre à Engels, avec la chute du mur de Berlin. L’autre, Charles de Gaulle, nationale et européenne, avec son avertissement sur l’Angleterre et les USA encourageant ce système atlantique est en train de se réaliser avec le bouleversement actuel de l’Europe.

Le système atlantique

Ce système atlantique ou plutôt économie atlantique cher à l’oligarchie capitaliste internationale et nationale ayant ses racines depuis le 16ème siècle et avant dans le commerce triangulaire met en place la deuxième mondialisation depuis la fin de la colonisation. Le dernier État qui obtient son indépendance en 2002 après une colonisation hollandaise et portugaise commencée au XVII éme siècle est le Timor oriental.

Ce mouvement ascensionnel du capitalisme bourgeois dont parle Carl Marx, on le voit aujourd’hui, n’est pas encore achevé. La fin de la colonisation mondiale depuis 1945 permet la mise en place de ce que les uns appellent le néo-colonialisme. Pour moi, il s’agit plus de ce que Marx pense sur l’expansion du capitalisme mondial que d’un nouveau colonialisme. Un des outils de ce nouveau capitalisme sera  à la fin de la guerre une invention ou révolution : le crédit-bail ou leasing. Bien que le prêt usurier existe depuis plus de 7000 ans, le crédit dans sa forme contractuelle moderne sera mis en place aux États-Unis en 1950 et exporté en Europe en 1960. Cela va permettre l’établissement de la main mise de la finance sur l’ensemble des peuples, des individus et des sociétés occidentales, de leurs structures, de la famille, des entreprises publiques et privées, des collectivités locales et enfin aujourd’hui en même temps que tout cela, des États. Endettés comme ils le sont à la merci de cette finance, le démantèlement des États-providence depuis 1945 n’est plus qu’une histoire ancienne accompagnant cette main mise spéculative. L’État et la gouvernance fédérale des nations européennes n’étant plus qu’un apparat de complaisance, cette invention moderne de la finance qu’est le leasing ou crédit-bail a aidé sans conteste cette nouvelle et dernière mondialisation où les capitaux peuvent être transférés presque instantanément grâce à une nouvelle révolution globale, celle du numérique commencée au début des années 1970.

Cette utopie des futurs États-Unis d’Europe confortée par le oui au référendum du traité de Maastricht en 1992 a été un échec pour les peuples dans cette construction. De Gaulle et Adénauer avaient compris qu’elle ne pouvait qu’être confédérale et coopérative. On le voit aujourd’hui, seuls les financiers et les politiques adeptes de l’idéologie du capitalisme néo-libéral de cette deuxième mondialisation ont gagné (grâce au crédit-bail élevé médiatiquement et pédagogiquement à une norme sociétale jugulant toutes velléités).

Le traité de Maastricht a été approuvé par les Français a une faible majorité (51.4%). Le traité de Lisbonne en 2005, (non approuvé par les Français à 54.67 %) a été revu et corrigé 3 ans après par une majorité de parlementaires, consciemment ou inconsciemment, après s’être réunis en congrès à « Versailles » pour changer la constitution. Ce vote et ce coup de force teinté de néolibéralisme contre le peuple ont été faits au détriment et pour le démantèlement de l’État-providence français.[4]  Ce démantèlement des États Providence s’est fait aussi différemment sur tous les pays méditerranéens européens.

Pendant ce temps, l’Allemagne grâce au plan Marchal depuis 1945, a pris ses parts de marché sur l’Europe. Bien qu’au début l’Allemagne était pour une confédération européenne aujourd’hui elle reste campée sur sa domination économique et de fait, avec l’Angleterre, l’autre pays du système atlantiste, aide l’expansion du capitalisme global. Cet acharnement capitaliste supprime aussi petit à petit les États de droit de ces pays méditerranéens et leurs constitutions, rognées au fur et à mesure de cet endettement qui rime avec démantèlement.

 En ce sens, l’on peut reprendre la nécessité de reproduction capitaliste dans cette deuxième mondialisation comme l’explicite Schumpeter : »L’impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle — tous éléments créés par l’initiative capitaliste. (…) L’histoire de l’équipement productif d’énergie, depuis la roue hydraulique jusqu’à la turbine moderne, ou l’histoire des transports, depuis la diligence jusqu’à l’avion. L’ouverture de nouveaux marchés nationaux ou extérieurs et le développement des organisations productives, depuis l’atelier artisanal et la manufacture jusqu’aux entreprises amalgamées (…) constituent d’autres exemples du même processus de mutation industrielle — si l’on me passe cette expression biologique — qui révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. » (Schumpeter, 1942, p. 103/104)

Le problème est que cette marche du capitalisme occidental l’est moins pour de véritables entrepreneurs innovant scientifiquement pour créer de la richesse que pour d’autres, plus spéculateurs qu’entrepreneurs remplaçant le profit à tout crin, la chasse à la prime, à l’esprit d’entreprise cher à Schumpeter. Mais l’on retrouve dans l’analyse de ce dernier, qui n’est pas marxiste, une des raisons de cette rupture actuelle d’une économie capitaliste en fin de cycle vers ce que je nomme deuxième mondialisation capitaliste et financière. Elle agit non plus au niveau des pays ou des continents, mais au niveau global de la planète par une « Destruction Créatrice » selon l’économiste autrichien et qui constitue la donnée fondamentale du capitalisme.

Et en effet, c’est en elle que consistent, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste qui doivent, bon gré mal gré, s’y adapter.  Le risque, aujourd’hui, est que cette « Destruction Créatrice » planétaire liée à cette dernière mondialisation ne soit uniquement en quête de production moins chère. Non seulement dans sa main-d’œuvre, mais aussi quant aux matières premières pour nourrir les bourses et les finances spéculatives internationales.

Le numérique, outil révolutionnaire

Cette révolution cyclique dominée par ce capitalisme financier   qui s’approprie la planète avec pour conséquence de graves dégâts environnementaux, n’est qu’à ses débuts. On y retrouve ses outils et objets techniques qui ont modifié, sinon révolutionné non seulement les rapports humains, mais surtout les rapports de production au niveau international par la numérisation de l’industrie et sa production et de la communication. Tous ces outils de communication, (Internet, ordinateurs portables, tablettes numériques, mobiles, smartphones, etc.) de par leur conception étudiée et pensée en terme de marché sont éminemment politiques.

Supposés enclins à la liberté, ils modifient cognitivement le comportement de l’Homme, rendant les rapports humains derrière un écran plus directs, plus réels, plus véritables quand la franchise n’est pas toujours un bon aloi. Heureusement, il y a d’autres façons d’utiliser le numérique que de façon égocentrique ou capitalistique. Ces outils utilisés socialement en réseaux rendent  la communication plus facile et solidaire pour l’émancipation des peuples nationaux de la planète.

Pourtant, ces outils, malgré leur utilité qui rend de précieux services, produisent de l’agression dans les rapports par écrans interposés (ou lorsqu’ils tombent en panne quand on n’y connaît rien à cette technique avec des procédures de productions et procédures marchandes exaspérantes quant aux pannes et à leur remise en marche). Cela peut être valable pour d’autres techniques (machines à laver, téléviseurs, voitures, etc.). D’autres tensions sont le fait de l’industrie sécuritaire en France où les techniques numérisées se multiplient à l’aise sur nos routes, autoroutes, entreprises, villes et tout le territoire. Et encore, ceci n’est rien face à la nano-numérisation et la nano-technologie en cours dépourvues d’éthique. Cette agressivité et ce contrôle des populations annihilent les individus, les familles, les nucléarisant. Cette victimisation rend les citoyens fatalistes dans une acceptation générale égocentrique que l’on ne peut rien faire, rien changer, sauf réaction primaire et archaïque. Le respect, la reconnaissance et l’intelligence de l’autre disparaissent en favorisant les absolutismes.

Cela serait alors aux politiques de faire œuvre de pédagogie en travaillant à ce respect de l’autre et du peuple, car c’est le peuple qui fait le roi et non l’inverse. Mais ces dernières décennies cela n’a pas été le cas. L’ensemble des hommes et partis politiques est tombé dans ce piège libéral où le roi argent n’est pas l’émanation des peuples, mais celle des 1 % des plus riches de ces peuples de la planète. Ce libre cours à la finance en Europe risque d’engendrer une rupture de la CEE, de provoquer des antagonismes entre ses peuples et l’émergence de politiques extrêmes ou autoritaires. Cette rupture est pensée et voulue par cette oligarchie internationale et nationale. Conquérir le monde est son but ultime. C’est dans l’essence même de l’idéologie du capitalisme et tous les moyens sont bons. Cette idéologie conduit à un complexe névrotique de pouvoir par l’argent aussi tentant que le complexe névrotique du pouvoir politique, les deux s’associant mutuellement. Et cette association est commune à l’échiquier politique mondial.

Une dérégulation ou rupture en Europe, peu importe la forme qu’elle prendra sera un élément, avec la dette des États, de juguler les pouvoirs en place, de faire baisser le niveau de vie des peuples, afin que ces oligarques soient appelés en sauveurs auprès d’économies qu’ils auront rendues exsangues. Et l’industrie pourra à nouveau produire avec une main-d’œuvre moins chère et docile. Mais les peuples se laisseront-ils faire ?

Pour l’instant en Europe nous avons eu les grosses manifestations en Grèce, le mouvement des indignés, en Espagne, en Italie. Bien qu’il soit préférable que la révolution se fasse dans les urnes, en France le feu pourrait se déclencher comme en 2005 dans les banlieues et ailleurs. De plus  en plus dans cette « Destruction Créatrice » du capitalisme, selon Schumpeter, que subissent toutes les nations, chez nous les politiques sécuritaires comme celles mises en place depuis 2007 peuvent conduire aussi à un bouleversement social. En effet, dans notre pays, « en  l’absence de certitude, quant à la permanence du système de valeurs égalitaire ne doit pas nous faire oublier que des politiques jouant le jeu d’une ethnicisation de la démocratie risquent de provoquer une réémer­gence consciente de cet égalitarisme latent. La tentation inégalitaire pourrait doper, par réac­tion, l’aspiration à l’égalité. Elle pourrait se retourner violemment contre ces politiques imprudents et plus généralement contre la classe des 1 % supérieurs. » (Todd, 2008, p. 277)

Ailleurs ces derniers temps, comme on l’a vu, des révolutions ont surgi en Tunisie, en Égypte, en  Libye, en Syrie aujourd’hui. Rien n’empêche de penser que si elles sont le fruit d’un désir d’émancipation de leurs peuples, elles sont aussi aidées de l’extérieur par ce même besoin de « Destruction Créatrice » avec cette fois-ci des outils guerriers comme on l’a vu pour la Lybie et que l’on risque de voir en Syrie et Iran, mais avec des conséquences beaucoup plus explosives. En même temps, une autre économie se met en place.

L’économie islamique

Cet atlantisme financier ou deuxième mondialisation continue donc et il mène un combat  avec les pays émergents de l’hémisphère sud de la planète, en premier de la Chine, puis de l’Inde, de l’Amérique du Sud et du Brésil. Le pragmatisme économique veut que l’oligarchie financière qui travaille à cette mondialisation s’associe avec ces pays émergeants mais aussi avec une autre économie : l’économie islamiste estimée aujourd’hui à 5000 milliards de dollars avec pour base les pays du Moyen Orient. Cette économie, théorisée depuis quelques décennies au nom de Dieu, exportée par les pays les plus riches du Golfe Persique, se veut être entre l’économie capitaliste qui favorise l’intérêt, l’insensibilité et l’exploitation et l’économie socialiste qui veut s’approprier les moyens de production et la régulation du commerce pour réduire les déséquilibres, les injustices graves.

Fondamentalement, théologiquement et théoriquement les sources de l’Islam laissent la liberté d’entreprendre, de financer, d’échanger, mais interdisent l’intérêt, d’où une économie qui posséderait les vertus des deux autres sans leurs défauts. Sous d’autres formes, des frais fixes remplacent l’intérêt et une taxe fiscale est due aux pauvres annuellement, ainsi qu’une autre à la fin du ramadan. Certaines banques islamistes ne voient pas d’inconvénient à la rémunération des capitaux prêtés. Cette contradiction fait que l’économie islamiste reste capitaliste, mais autrement. Par exemple un particulier veut acheter une maison, cela sera la banque qui négociera et l’achètera et la revendra 5 % plus cher par un crédit-bail sans intérêt à ce particulier.

D’ailleurs les pays occidentaux, l’Angleterre au plus tôt (2004) et l’Allemagne ainsi que les USA et leurs banques collaborent et participent de plus en plus à cette économie. La France par l’intermédiaire de Christine Lagarde en 2009 est favorable à l’introduction de ce système dans les banques et l’économie française. Deux amendements ont été déposés en 2009, rejetés par le conseil constitutionnel. Capter 10 % de ces 5000 milliards de dollars avec peu d’intérêts, ne serait-ce que quelques jours ou semaines, et les placer sur les marchés spéculatifs serait tout à fait rentable. Les politiques ne voient pas plus loin.

L’économie chinoise

Cette économie islamique peut tout à fait s’accorder avec une autre, chinoise. En effet, le parti communiste chinois a laissé cours depuis 1978 à l’économie socialiste de marché sous l’impulsion de Deng Xiaoping. C’est à  l’occasion d’une « tournée d’inspection » dans le Sud, en 1992 (que) Deng Xiaoping lance un historique « Enrichissez-vous ! », affirmant que l’économie de marché n’est pas incompatible avec le socialisme et qu’il faut étudier les performances du capitalisme. La politique de réformes et d’ouverture est à nouveau à l’ordre  du jour.[5]

Nous savons aujourd’hui ce qu’il en est. La Chine est devenue en quelques décennies l’atelier de production du monde et s’est invitée d’abord, puis introduite complètement dans cette deuxième mondialisation capitaliste et aujourd’hui investit dans toutes les Nations de la planète. Les communistes chinois, même s’ils spécifient vouloir la concorde des peuples de la planète et la paix dans le monde lors de leur XVIIe congrès en 2007, savent très bien que nous sommes dans une guerre économique. Si de leur point de vue, ils pensent agir pour le bien  de l’humanité, ils n’en restent pas moins avec leur peuple, des sujets d’une grande Nation qui a besoin d’espace géographique et économique pour subvenir aux besoins d’un milliard trois cent mille habitants.

 Leur communauté d’intérêts, leur culture, leur mode de vie, la famille, font des Chinois un peuple soudé dans ses traditions. Le fait de n’avoir qu’un enfant par couple a encore plus soudé sociologiquement ce qui reste de  la famille, descendant et ascendant. D’ailleurs pour cette communauté, ils ne le disent pas autrement dans le texte de leur dernier congrès : « Les expériences positives que nous avons obtenues au cours des 29 dernières années ont prouvé de façon éloquente que la politique de réforme et d’ouverture est un choix d’importance capitale dont dépend le destin de la Chine contemporaine. Il s’agit aussi de l’unique voie à suivre pour développer le socialisme à la chinoise et réaliser le remarquable redressement de la nation chinoise. Seul le socialisme peut sauver la Chine, seule la politique de réforme et d’ouverture permet de développer la Chine, le socialisme et le marxisme. Tous les succès et progrès que nous avons enregistrés depuis le lancement de la politique de réforme et d’ouverture sont dus, en résumé, au fait que nous avons ouvert une voie de socialisme à la chinoise et mis en place un système théorique typiquement chinois du socialisme. »[6] Être présent dans cette deuxième mondialisation est donc vital pour la Chine.

Partout où elle le peut, son oligarchie capitaliste avec l’accord ou sous les ordres du PCC achète des entités et pans entiers d’entreprises étrangères publiques et privées. D’ailleurs pour faciliter ces achats en Europe, en janvier 2011,  La Banque Industrielle et Commerciale de Chine (ICBC) ouvre sa première succursale à Paris. (Chine Nouvelle, (Xinhua), le 19-01-2011 03:56, site Internet)

Inaugurée en compagnie de Christine Lagarde si le président de l’ICBC, Jiang Jianqing et la ministre parlent de coopération franco-chinoise et d’un fond commun sino français, le président de la première banque du monde[7] n’oublie pas le but principal de cette installation en France.

« L’ouverture d’une succursale à Paris permettra à la banque ICBC d’avoir une nouvelle plateforme financière pour servir les échanges commerciaux et la coopération économique entre la Chine et l’Europe, y compris la France« , s’est félicité M. Jiang. » L’internationalisation est une stratégie de base pour la banque ICBC, qui est inébranlable même en pleine crise économique », a affirmé M. Jiang, devant plus de deux cents invités français et chinois. »Nous nous efforçons de faire d’ICBC une institution financière moderne internationale parmi les plus rentables, les plus excellentes et les plus respectées », a ajouté M. Jiang. (Chine Nouvelle, (Xinhua), 18 01 2011, site Internet)

Avec cette puissance financière, la Chine est bien placée dans cette deuxième mondialisation et sa position en Europe peut facilement faire le lien avec l’économie islamiste évoquée plus haut, les pays islamiques détenant la manne pétrolière. Ces deux économies ont une communauté d’intérêts communs en fonction de leurs peuples. Il ne faut pas oublier qu’il y a 30 à 50 millions de musulmans qui peuplent la Chine et celle-ci ne veut pas de trouble avec eux. En terme de corruptibilité, l’économie vue par la Chine et par l’islamiste est peut-être moins prononcée qu’en Occident.

Historiquement, la route de la soie et avant, la route du jade, permettaient le commerce de l’Europe au fin fond de la Chine et vice versa. Les Chinois ne font alors aujourd’hui que ce qui fait partie de leur culture en relation avec les pays du Moyen Orient, de l’occident aussi avec  le détroit d’Ormuz. Toutes deux peuvent s’allier facilement dans cette nouvelle guerre économique au détriment principal de l’Europe et surtout des pays limitrophes à la Méditerranée dont la France. Les USA et l’Angleterre avec l’Allemagne pourront subsister « capitalistiquement » car la Chine a besoin d’eux, comme d’ailleurs la Russie.

Les pays méditerranéens affaiblis inconsciemment ou consciemment par les spéculateurs occidentaux et atlantistes sont  une aubaine  pour l’appétit de cette économie nouvelle et globale de la Chine. Mais, selon les rapports politiques que nous aurons avec elle, une France ayant retrouvé son aura de pays indépendant peut être le garant d’une coopération nouvelle pour les pays méditerranéens européens. La France reste pour la Chine le pays des droits de l’Homme, de la commune, le pays où est venu Zhou Enlai en 1920 à Montargis et à Paris, ainsi que plus tard Deng Xiaoping. Zhou Enlai a créé le parti communiste chinois européen. Il est vénéré en Chine telle une divinité. Au sujet de la coexistence pacifique, il aurait dit : « Que deux éléphants se battent ou qu’ils fassent l’amour, c’est toujours l’herbe qui se trouve dessous qui est écrasée. » (D’après encyclopédie Wikipédia)

Ses préceptes marxistes-léninistes sont toujours étudiés en Chine. Y est peut-être aussi étudiée comme précepte économique la fable de La Fontaine, « La cigale et la fourmi ». De plus, Grâce à »l’Enrichissez-vous ! » de  Deng Xiaoping et son conseil d’étudier les performances du capitalisme, on  peut comprendre alors comment la Banque Industrielle et Commerciale de Chine a su se développer.  Aujourd’hui, avec la connaissance de la science économique qu’ils ont acquise, les Chinois et leur banque nationale avec ses réserves de milliards de dollars,  investit, pendant que d’autres (banques et financiers à courte vue), spéculent.

 La France

Avec l’aide du traité de Maastricht et des politiques menées depuis 1992, puis de 2005 avec le traité de Lisbonne,  la spéculation dans notre pays y est allée de bon train aidée par le démantèlement de l’État et de la vente de notre potentiel industriel à la finance privée. Et cela, grâce aux directives européennes de « subsidiarité » calquées sur le néolibéralisme anglo-saxon qui ont, de fait, remplacé l’Assemblée Nationale ; celle-ci n’étant plus qu’un appareil d’enregistrement ou d’entérinement des directives de la commission de Bruxelles.

Notre pays et son peuple peinent ainsi depuis 20 ans à s’exprimer démocratiquement. L’abstention et la volatilité de l’électorat lors de rendez-vous nationaux en sont témoins. En ce sens, comme le précise Emmanuel Todd, « l’équilibre précaire atteint par le système a cependant un coût très élevé. Les politiciens pro­fessionnels doivent faire preuve d’un degré excep­tionnel d’attention : l’électeur reste, comme dans une démocratie normale, leur souci constant, mais pour être manipulé plutôt que servi. » (…) « Devenir chef de l’exécutif, en démocratie de manipulation implique que le can­didat se concentre sur les moyens d’obtenir le pouvoir au détriment des fins, c’est-à-dire du pro­gramme et de l’action. Aucune contradiction en première analyse puisque l’élu devra présider sans réellement gouverner, laissant tourner la machine économique selon ses propres règles. L’absence de fin justifie les moyens. » (Todd, 2008, p. 265)

Effectivement dans la France de 2012, c’est l’économie libérale qui supplante le politique et comme Bourdieu le précisait « l’opinion publique n’existe pas. « Tous les moyens médiatiques sont utilisés pour parfaire cette manipulation de masse, autant lors d’élections qu’hors d’échéances politiques. L’opportunisme des  professionnels de la politique, calqué sur le libéralisme, utilise tous les moyens possibles pour exister tout en protégeant son maître libéral, semblable aux leurres de l’avion de chasse se protégeant lors d’attaque de missiles. Mais en France ces professionnels de la politique ont oublié la place de la France dans le monde et la politique d’indépendance de notre pays mis en place par le gouvernement issu de la résistance en 1945.

Emmanuel Todd critique » l’alignement de Sarkozy sur les États-Unis (qui) apparaît donc haute­ment dommageable, parce qu’il fait de la France un partenaire non fiable pour des pays comme la Russie, l’Iran, l’Inde ou la Chine. La grande faiblesse de la démocratie de manipulation, c’est donc qu’elle sélectionne des dirigeants très habiles pour ce qui concerne la gestion du corps électoral, mais radicalement incompétent en politique étrangère. » (Ibid. p.266)

Mais comme nous l’avons vu cela n’est pas nouveau. En France,  le Président Sarkozy est la personnalité qui marquera le plus la liaison avec ce néolibéralisme bien que cela fasse 60 ans qu’a pris naissance ce système économique global. Il n’est pas encore à son aboutissement.

Une autre voie pour la France

Que notre pays retrouve la place dans le monde qu’elle avait historiquement à la sortie de la guerre jusqu’en 1990 est une espérance de tous les Français. Que notre pays issu du siècle des lumières, pays des droits de l’Homme, rayonne à nouveau dans le monde et participe pleinement en idées pour cette deuxième mondialisation, quel citoyen ne le voudrait pas ?

Ce qui se passe dans le bouleversement global actuel économique et environnemental peut aussi s’apparenter à une nouvelle forme embryonnaire de rationalisation et peut-être déboucher sur une nouvelle espérance et gouvernance pour un monde meilleur. Tout reste aléatoire. Je pense qu’il est tout à fait nécessaire pour réaliser cette autre voie de mettre en place une gouvernance rigoureuse, sinon autoritaire, autour de pôles publics financiers et énergétiques[8] envers les marchés et l’oligarchie financière. Il faut aussi mettre en place, par la loi, d’autres critères de gestion des entreprises où les salariés prendront une part à égalité avec les actionnaires dans la  gestion, l’administration, l’innovation et la recherche. Les investissements non spéculatifs seront respectés et rémunérés dans leur intégrité.

Ci-dessous, sans évoquer les institutions communes nécessaires à la vie démocratique (Assemblée Nationale, Sénat, Conseils Économique et sociaux, Région, Départements et autres collectivités locales) je tente une exploration théorique d’un fonctionnement démocratique et environnemental où serait pris en compte le maximum d’intelligence dans le peuple et ses représentants.

Un troisième élément au service de la société vers une « éconologie » politique

En Préambule, l’homme est un des nombreux éléments de la biomasse de la planète, il est donc partie fondamentale de son environnement. Compte tenu de son intelligence et de sa responsabilité, il doit être le principal acteur de sa protection. Jusqu’à aujourd’hui, le fonctionnement de la nature de l’homme et du gouvernement  de nos sociétés est duale dans le sens où le premier élément est le non humain ou  objets artificiels créés par l’industrie de l’Homme, (Les représentations politiques, l’État, les institutions, les entreprises, l’économie, la production technique, tout objet technique).  Le deuxième élément est le vivant soit, les collectifs, les individus, les contribuables, la masse producteurs, consommateurs qui subissent la gouvernance des premiers.

N’est pas pris en compte dans cette gouvernance un troisième élément soit les aspects métaphysiques, cultuels, culturels et scientifiques (dans le sens réservé aux initiés ou sacralisé, puisque incompris). Pourtant, ce troisième élément présent n’est que rarement associé  dans cette gouvernance de notre monde productiviste et déterministe.  Au contraire, des civilisations anciennes et selon Georges Dumézil l’on retrouve toujours une trifonction ou dans la gestion des tribus  indo européennes. Elle se situe en premier dans le sacré, les prêtres, puis la guerre, l’armée, le combat, les guerriers et en troisième lieu la masse de paysans producteurs organisés dans des clans. (D’après Dumézil, 1987, p.66)

Ce qui a surtout  frappé Gorges Dumézil dans la tri fonctionnalité : « C’est l’incroyable diversité des variantes – proliférations et mutilations, transfert et inversions, décentrages, osmoses, etc. – qui se forment sur ce que je simplifie en le présentant comme un schème commun. » (Ibid. p. 150-151)

L’on peut faire un rapprochement entre notre mode de gouvernance d’aujourd’hui où le sacré  n’est plus représenté, si ce n’est remplacé par la représentation politique, ce qu’il reste des Etats et la médiatisation souvent à son service. Quant aux   deux éléments restant l’on retrouve le combat, économique, guerrier, la violence et l’agressivité comme moyen de gestion aidé par le numérique et les technologies de plus en plus politiques. En effet,  elles transforment cognitivement les individus et leurs modes de vie. Quant au dernier élément, « la masse de paysans producteurs », il se situe comme annoncé dans les individus producteurs manuels, technologiques, intellectuels dans tous les aspects sociaux économiques. Ce premier élément caché (le sacré), non compris dans le gouvernement de nos sociétés, peut devenir avec le paradigme scientifique et énergétique controversé qui s’installe devant nous dans cette deuxième mondialisation, le principal élément de gouvernance en fonction de l’écosystème et sa protection.

Avec l’apport de la biomasse et son exploitation à l’échelle planétaire, les paramètres de gestion économique basés sur la triangulation du développement soutenable, plutôt que durable (car aléatoire), mettent en avant celle-ci. Les contradictions actuelles sont toutes plus ou moins liées à son environnement que celui-ci soit social, économique ou industriel.

Le développement durable, (DD)

Dans ce concept de Développement Durable, l’on peut voir une similitude triangulaire dans  le discours de Madame Maria Gros Harlem Brundland, Présidente depuis en 1983 de  la Commission mondiale pour l’environnement et le développement des Nations Unies et les recherches de Georges Dumézil sur la tri-fonctionnalité. Elle en donne la définition  suivante en  1987 devant l’ONU :

« Le développement durable est le développement qui satisfait les besoins de la génération actuelle sans priver les générations futures de la possibilité de satisfaire leurs propres besoins. »

Madame  Brundtland vise en premier les pays et les populations les plus démunis. Plusieurs sens au concept de développement durable  sont donnés. Certains parlent d’éco efficience entre environnement et entreprises au service de la collectivité, d’autres de développement raisonnable dans l’industrie et l’agro-industrie, d’autres encore de développement dans le respect du vivant. Il y a dualité dans le traitement du DD entre la tendance à rationaliser l’exploitation de la planète de façon matérialiste et la nature de celle-ci, plus métaphysique, qui doit guider l’humanité dans son développement. Le développement durable comporte  trois colonnes selon le discours de M. Brudland, plus une autre venue se greffer sur les trois premières, la santé :

  1. Colonne environnementale :

Cette colonne vise à préserver, améliorer et valoriser les pays, les territoires choisis à partir des entités économiques existantes ou à créer. Un accent est mis sur l’environnement au sens large, allant des espaces urbains aux espaces ruraux et leurs ressources, des sources d’emplois futurs dans l’exploitation de la biomasse. Cette efficacité environnementale, rentable dans le cadre du raffinage des énergies fossiles et de la biomasse, devrait l’être dans le respect de la nature et de son écologie aussi en termes d’agriculture et d’aménagement du territoire.

  1. Colonne économique :

Développement d’objectifs de croissance et d’efficacité d’entités économiques  du territoire ou du pays sur lequel sont prévues les actions environnementales. Cela suppose la prise en compte du développement durable à long terme par les entreprises et de son impact sur celle-ci. L’éthique des affaires est à revoir (corruption, entente, abus de position)

  1. Colonne sociale :

Cette colonne vise non seulement à satisfaire les besoins humains et à répondre à des objectifs d’équité et de cohésion sociale, mais aussi,  à accompagner les changements comportementaux qui sont déjà effectifs  dans les économies. Ce pilier englobe notamment les questions de santé, de logement, de consommation, d’éducation, d’emploi

et de culture.

  1. Colonne Santé :

Cette quatrième colonne, nouvelle dans le concept du DD, mais continuant la troisième colonne,  englobe la santé durable avec sept points principaux selon une étude internationale de « PricewaterhouseCoopers » pour 2020 : La recherche d’une vision partagée, une infrastructure informatique robuste, un ajustement des systèmes d’incitation, une standardisation de la qualité et de la sécurité, une répartition stratégique des ressources, un climat d’innovation, des acteurs et des structures de soins adaptables. Selon la théorie de Dumézil,  l’on aperçoit parmi les trois premières colonnes du DD les mêmes schèmes que dans  la tri fonction : le sacré, la guerre et la masse de producteurs. Selon la théorie de Dumézil par similitude on retrouve donc dans la colonne environnementale l’aspect mythique ou sacré, ce qui est à respecter, à vénérer. Dans celle de l’économie se situent alors la compétition, le combat, les conflits économiques et guerriers. Pour la dernière on retrouve la masse de producteurs consommateurs.

La fonction symbolique du DD se décline ainsi dans  une éthique de protection de l’environnement où les contradictions se retrouvent dans les aspects décrits, rationalité (économie) ou valeurs de la nature (respect de l’environnement) ou encore valeurs sociales. Par cette éthique, provenant aussi des risques technologiques engendrés par l’activité humaine, surgit cette nécessité de préservation dans le changement de paradigme plus énergétique et scientifique que technologique (le rationnel étant le même) et respect de la nature quasi religieux. Cette exploitation de la nature doit préserver l’advenir et la complexité de la planète. On peut donc constater dans cette triangulation un symbolisme fort issu d’un archaïsme noble  de la nature humaine nécessaire à sa préservation. Et pour parvenir à une gestion raisonnée et intégrée, et de la nature humaine, de la société et de la biomasse, l’expertise indépendante comme nous l’entendons ou la technique politique et scientifique selon Serge Moscovici doit prévaloir[9] , « la méthode d’extrapolation doit faire place aux lois théoriquement établies et rapportées aux processus vrais. » (Moscovici, 1977, p. 547)

Nous n’en sommes pas encore là, malgré les énoncés du « Développement Soutenable » par Madame Maria Gros Harlem Brundland au sommet de l’ONU en 1986. Notre théorie de départ, serait   une triangulation comme définie plus haut dans le DD et ses trois colonnes comme modèle de construction des structures de la société. Avec la première colonne sacralisée de la biomasse du DD,  cette triangulation est toujours présente avec cette nouvelle ère scientifique, de biotechnologie, et de politique globale économique qui s’ouvre à nous. La nouvelle gouvernance serait calquée sur  la trifonction du DD où est présente cette trifonction dont parle Georges Dumézil. Dans cette gestion de la société, l’aléatoire y serait pour beaucoup dans cette évolution où l’incertitude des risques fait partie de cette triangulation. Ainsi, le futur objet  sociétal et objet technologique de nos sociétés serait « riche en efforts humains et en forces naturelles » liés au vivant. (Simondon, 1958, p. 9)

Selon Georges Dumézil, les sociétés actuelles, vivent toujours traditionnellement sans que l’on s’en aperçoive sous le régime de ces trois fonctions antiques indo-européennes (le sacré, le combat et la masse de producteurs). Que ce soit Serge Moscovici dans son essai de 1977 sur « L’histoire humaine de la nature », Bruno Latour dans son ouvrage de 1999 sur « Les Politiques de la nature », ou Philippe Roqueplo dans son livre de 1997 sur « Entre savoir et de décision, l’expertise scientifique », tous trois tentent de faire entrer les sciences en démocratie. Et les sciences ne sont pas seulement des sciences dures, ce sont aussi les sciences dites humaines, cognitives, sciences empiriques, sciences ésotériques, sciences théologiques, sciences médicales, technologiques et biotechnologiques. Tout en respectant la laïcité de notre société et ses valeurs républicaines, une  sacralisation et spiritualisation non déiste ou théiste est nécessaire pour parvenir à cette troisième voie de gouvernance ou éconologie sociale et politique. Ainsi la colonne environnementale du DD est respectée dans son aspect mythique ou sacré pour la survie de l’humanité à égalité des deux autres.

En revenant aux temps anciens, l’homme pense que la matérialité des choses se confond avec les esprits des dieux et que leur présence est dans tous les êtres, animaux, végétaux et tout ce qui est visible. Le combat sacrificiel sert à acquérir chez d’autres la force d’autres dieux. Ainsi continue la vie de ces peuples enfouis dans leur monde, en fait, un monde irréel, mais naturel pour eux. Aujourd’hui, on peut voir le futur aussi d’une façon trifonctionnelle, en une seule manière comme aux temps antiques, mais tout à fait consciente et responsable, à la lumière de la connaissance bien que l’abstraction subsiste pour acquérir la force de l’autre ne serais-ce que dans la coopération et les transferts de technologie.

Il est possible à chacun de nous d’ouvrir son esprit pour participer effectivement à l’oeuvre commune que devrait être cette nouvelle ère de civilisation dans laquelle nous entrons. Notre responsabilité est de respecter la nature vivante de la planète, car sans elle nous n’existerions pas. Sans tomber dans le travers de la Terre mère nourricière (Gaïa), sont à étudier scientifiquement dans tous les domaines, autant la nature de l’homme que l’écosystème de la biomasse. Ce sont les moyens de notre sauvegarde. L’éconologie sociale démocratique, scientifique, et politique prend là toute sa place. Dans sa triangulation semblable au DD, la sacralisation de cette trifonction, selon Dumézil, est ainsi présente.

Cette gouvernance nécessite aussi d’intégrer en plus de cette métamorphose, la nature de l’homme, le non humain et la société. Insérés symboliquement, ces trois éléments de gouvernance, à égalité, et alimentés en énergie, sont le moteur de cette mutation nécessaire pour l’avenir. À l’intérieur de cette triangulation, ils forment tous les trois des contradictions bien plus ressenties que dans notre système dual. C’est-à-dire la nature de l’homme, « l’artéfactuel » [10] et la politique. Cette motorisation, ce véhicule triangulaire symbolise bien une forme d’ « Ecobiotopie »[11] et d’ « Econologie » politique. En son sein, les différentes activités des trois éléments deviennent constitution, innovation et transformation. La science dans cet objet a un rôle stratégique dans le devenir de la société en relation avec la nature de l’homme et de la biomasse.

Ce triangle dans les contradictions permanentes et antagoniques entre ses trois éléments, potentialise, réfléchit, bâtit, construit, déconstruit, prend partie, se remet en question, écoute et vit. L’expertise est alors reconnue démocratiquement, avec en son sein des scientifiques, des chercheurs et des consultants avérés indépendants des commanditaires, mais au service du Bien public. Leur production intellectuelle dans les sciences, savoirs, innovations techniques, inventions, permet alors la mutation des États et la prise de décisions politiques permanentes dans ce triangle de gouvernance pour la continuité de la vie sociale, des corps sociaux, de l’industrie et de l’exploitation respectueuse de la biomasse. Ainsi naîtrait l’éconologie politique. Pour cela il faudra reconstruire.

Déconstruction-reconstruction

Cela rejoint une autre méthodologie de déconstruction-reconstruction[12] que j’imagine. Déconstruire, c’est non seulement analyser un processus de construction, mais c’est aussi apercevoir et analyser des transformations que des entités économiques et sociales, que des individus entreprennent. C’est aussi faire référence à l’hybridation chimique et biochimique, quitte à faire mourir et reconstruire une structure à la place d’une autre structure socio-économique. Cette façon me permet de mieux comprendre les liens de mutations qui interviennent sur la vie sociale et économique. Dans cette méthode, j’emprunte la pensée de Derrida sur la déconstruction.[13]

De même, Je fais référence au « principe d’antagonisme et de logique de l’énergie » de Lupasco[14] où les non-contradictions et les contradictions se potentialisent pour former un troisième élément. Pour déconstruire-reconstruire ce futur, il reste l’expérience à mémoriser, qu’il faut revivifier. Cela se traduit pour moi par une économie du vivant. Et ces structures vivantes, ces systèmes biologiques extrêmement complexes tôt ou tard finiront par disparaître, par mourir pour qu’à la suite d’autres naissent. Elles vont se développer grâce aux codes génétiques hérités de leurs ancêtres depuis des millions d’années et aux énergies qu’elles empruntent à leurs milieux ou qu’elles exportent à d’autres milieux. Cette métaphore est semblable,  par exemple, à la valeur symbolique et culturelle de l’alcool, de la civilisation de la vigne, véhicule circulatoire de par son esprit, son poids économique, qui tout au long du processus historique favorise l’essor d’une technique d’innovation propre à la viticulture et à la fabrication d’alcool par la distillation qui aboutit à une logique viticole et industrielle. (D’ après Legay, 2010, p. 18)

Cette revivification se traduit arbitrairement par l’analyse socio historique d’entités économiques, politiques et individuelles qui mènent à notre société industrielle. Je fais ainsi référence au constructivisme à travers le temps tel que je l’imagine. Dans ce constructiviste, les acteurs construisent ensemble un objet nouveau comme compromis entre leur système de représentation et de demandes sociales contradictoires. Objet sur lequel je greffe au fur et à mesure les éléments historiques, techniques issus de la production humaine qui donne naissance, par  transfert technologique, à une industrialisation. Par exemple, je fais référence aux modèles sociaux issus de notre histoire, de notre culture et de nos traditions qui ont marqué l’évolution de nos sociétés occidentales. A partir de la conception de la liberté propre à chaque nation et pays, je fais une distinction entre la liberté d’entreprendre et de vivre qui n’est pas la même en Allemagne, dans les pays Anglo saxons ou en France.

 L’obsession du modèle allemand

Depuis bien longtemps, jamais un Président de la République n’avait autant parlé du modèle allemand à l’adresse du peuple français. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Fidèle a ses engagements et sa collusion avec le 1 % des grands argentiers de France et du monde comme on l’a vu lors de son intronisation au »Fouquet’s »en 2007, il continue sa mission dans notre pays et leur lutte de classe afin de dominer la planète et les peuples pour s’accaparer le marché mondial. Le peuple français est velléitaire à leur sens. Le modèle français est donc source de troubles et d’idées dans leur dessein. Il doit disparaître ou du moins sa conception du monde et de la liberté. Pour cela, pouvant de moins en moins faire référence au modèle anglo saxon quant à son œuvre de destruction et d’endettement des Nations pour une dérégulation économique générale dont le peuple de France en comprend de plus en plus les causes, il utilise le modèle du peuple allemand traditionnellement fort et ordonné. Pour comprendre la raison de cet acharnement de pédagogie politique, il est nécessaire d’expliquer la différence entre les modèles dominants de nos sociétés occidentales.

Les trois modèles

Les modèles, français, germanique et anglo saxon sont comparés de manière éthique à la façon dont tous les trois appréhendent la Liberté issue de leur histoire. D’après. Philippe d’Iribarne, « en France, l’image mythique de l’homme libre n’est ni le propriétaire, protégé par la loi de l’intervention de quiconque dans ce qui le concerne en propre, ni celui qui gère en commun avec ses pairs les affaires de la communauté. C’est le vrai noble, à travers qui l’humanité s’élève au-dessus de la trivialité du quotidien, et dont le sens du devoir est la hauteur des privilèges que lui vaut son état. »(Irabarne, 1989, p. 12/13)

(…) »À une liberté et à une égalité concrètes, somme toute fort relative, le mythe associe des réalités transcendantes, la Liberté, l’Égalité, que l’on peut représenter du reste, la statue de la Liberté en témoigne, comme des sortes d’êtres divins auxquels, dans les grandes circonstances, certains sont prêts à sacrifier leur vie. (Ibid. p. 18) La singularité d’une vision française de la liberté apparaît nettement quand on la compare à celles qui ont prédominé dans les univers anglo-saxons et Germaniques. »(Ibid. p. 21)

« En Angleterre comme aux États unis, il existe un lien intime entre l’idée de liberté et celle de propriété (tout est propriété et donc marchandable, contractualisable). C’est à partir de la notion de propriété que celle de liberté est comprise. (…) On a pu dire que l’on définit par là la conception moderne de la liberté (…) bien, que cette représentation n’a jamais pleinement pris racine que dans le terreau anglo-saxon. »(Ibid. p. 22)

Dans la conception germanique, l’homme libre est celui qui, au sein d’une communauté, à voix au chapitre dans des décisions collectives auxquelles il est prêt à se soumettre. Pour Ernest Troeltsh, sociologue mort en 1923 « la liberté de l’allemand est discipline voulue, avancement et développement du moi propre dans un tout et pour tout. » (Ibid. p. 28)

Et en effet, pouvoir soumettre le peuple français à ce modèle, que le Président Sarkozy reste au pouvoir ou non, serait une avancée dans la stratégie de l’oligarchie financière et capitaliste et sa conquête du marché global, car ce modèle français a quelque chose que le libéralisme anglo saxon déteste ou admire. C’est sa liberté singulière où chaque représentant du peuple, s’il veut s’en donner la peine, peut être un réceptacle de cette liberté, un lanceur d’idées, d’alertes, de solidarités.

L’origine de la France, un particularisme historique distinct.

Dans le brûlot, « Qu’est-ce que le tiers état » ( Seyès, 1789)  qui a été un succès immense en 1789, Emmanuel Sieyes, Franc maçon et membre avec Benjamin Franklin de la loge des neuf sœurs à Paris fait déjà appel de cette origine pour poser les trois questions célèbres :

1°. Qu’est-ce que le Tiers État ? — Tout.

2°. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? — Rien

3°. Que demande-t-il ? — À être quelque chose. (Ibid. p. 1)

Pour lui le Tiers Etat est composé d’hommes libres qui possèdent les traits qui étaient alors l’apanage de la noblesse. Il pose la question : »Pourquoi ne renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des Conquérants, et d’avoir succédé à des droits de conquête ? La Nation, alors épurée, pourra se consoler, je pense, d’être réduite à ne se plus croire composée que des descendants des Gaulois et des Romains.

En vérité, si l’on tient à vouloir distinguer naissance et naissance, ne pourrait-on pas révéler à nos pauvres concitoyens que celle qu’on tire des Gaulois et des Romains, vaut au moins autant que celle qui viendrait des Sicambres, des Welchez, et autres Sauvages sortis des bois et des marais de l’ancienne Germanie ? Oui, dira-t-on ; mais la conquête a dérangé tous les rapports, et la Noblesse de naissance a passé du côté des Conquérants. Eh bien ! Il faut la faire repasser de l’autre côté ; le Tiers redeviendra noble en devenant conquérant à son tour. Mais, si tout est mêlé dans les races, si le sang des Francs, qui n’en vaudrait pas mieux séparé, coule confondu avec celui des Gaulois, si les ancêtres du Tiers-État sont les pères de la Nation entière, ne peut-on espérer de voir cesser un jour ce long parricide qu’une classe s’honore de commettre journellement contre toutes les autres ? Pourquoi la raison et la justice fortes, un jour, autant que la vanité, ne presseraient-elles pas les privilégiés de solliciter eux-mêmes, par un intérêt nouveau, mais plus vrai, plus social, leur réhabilitation dans l’Ordre du Tiers-État ? » (Ibid. p. 8/9)

Origine de la logique de l’honneur française

Cette conception de Sieyes peut être comparer à la noblesse du héros ou du citoyen contre le commun, bien avant le IVe siècle av JC et l’invasion grecque et romaine. Je prends en exemple la viticulture. Dans son l’établissement, l’honneur était de savoir cultiver la vigne et avoir la vertu du souverain bien sans jamais parvenir à l’ivresse. Les traces de cet honneur enfoui dans notre culture méditerranéenne ont été d’abord le fait du clergé chrétien, des moines et des nobles viticulteurs surtout dans la moitié sud de la France. Ainsi, l’on peut affirmer à la lecture de l’ouvrage de Roger Dion qu’aujourd’hui encore le vignoble Français est un monument vivant à la gloire de Rome et du pourtour Méditerranéen et que la noblesse[15] de son exploitation, une logique de l’honneur (au contraire du commun), depuis les temps anciens, est toujours présente comme l’a défini Philippe d’Iribarne :

« L’opposition noble/commun est restée au cours de l’histoire extrêmement significative au sein de la culture française, alors même que la définition de ce qui est noble et de ce qui est commun a profondément varié. Et dire que l’honneur a un rôle persistant au sein de cette culture, c’est dire que la pertinence de cette opposition y est persistante et y intervient de manière persistante dans la conception des droits et des devoirs. » (Ibid. p. VI)

Pour moi cette liberté à la française est dans cette logique de l’honneur. Se retrouve là le symbolisme de notre mode de vie, de notre culture, de notre agriculture, de notre industrie, de notre civilisation que nous devons préserver et ne laisser dévoyer par aucune idéologie. Dépassant les clivages, elle est l’apanage de chaque Français et le Président de notre nation devrait être le garant de notre modèle républicain issu de cette liberté ancestrale. Cette liberté à la française est universelle au contraire du chauvinisme. N’a-t-on pas vu dans les révolutions historiques des peuples du monde s’approprier et dresser fièrement le drapeau de notre nation par les manifestants pour son symbolisme de liberté?

A une exception près dernièrement, lors de l’intervention française  en Libye où ce symbole universaliste a été dévoyé de son allégorie profonde par Bernard Henry Levy.[16] Le sens de cette liberté se trouve aussi dans cette gloire au  travail exécuté par un peuple ou une partie de celui-ci qui a toujours su où se trouvait l’honneur et le respect de la patrie, malgré des dirigeants indignes de cet honneur.

Le travail en France

Notre savoir-faire est inscrit dans le peuple et notre histoire, dans toutes les sphères de la société et notre industrie. Je suis Lorrain, partie de famille allemande, mais français d’abord et j’aime l’Allemagne. J’y ai travaillé pendant trois ans de 1978 à 1981 sur des chantiers de construction métallique et mécanique. La main d’œuvre française était plus justement appréciée par les entrepreneurs allemands pour son savoir et sa débrouillardise que par son moindre coût face aux ouvriers allemands travailleurs, mais sans subtilité dans la technicité ouvrière et dans l’appréhension des chantiers à mener. Pour autant, ce qui est autre, en Allemagne, sociologiquement et inscrit dans la loi, à la différence des entreprises françaises, c’est la cogestion. Salariés et patrons participent à la culture d’entreprise, dans le fait d’entreprendre, avec la liberté et la discipline communes germaniques définies plus haut. C’est une expérience personnelle que j’ai vécue et que j’ai appréciée. En France le travail, bien que son œuvre soit ternie par les méthodes actuelles de rendement extrême, reste une activité qui mérite plus d’honorabilité. Notre savoir-faire fait partie de notre modèle issu de lumières et de ses philosophes. En effet, nul ne peut se soustraire sans rompre le »contrat »qui nous lie à nos semblables et comme l’a écrit Jean-Jacques Rousseau dans le troisième livre de son Émile ou de l’Éducation : « Travailler est un devoir indispensable à l’homme social. Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon. »

C’est tout au long du »Siècle des Lumières »que la condition laborieuse va tendre à retrouver sa dignité, niée par le préjugé nobiliaire sous l’Ancien Régime. Nous souffrons encore, d’un certain mépris à l’égard du travail manuel et aussi un mépris du travail intellectuel. Cela est dû a une l’hyperspécialisation de notre outil industriel dirigé souvent par une caste d’hommes provenant des mêmes grandes écoles, calquées sur celles, anciennes, de l’ancien régime ou de l’Empire. Dirigeants autrefois d’entreprises nationalisées, avec les privatisations, ils se sont mis au service de l’oligarchie capitaliste nationale et internationale.  Mais avec plus de zèle pour les réductions de coûts de production pour les entreprises privées, ils ont alimenté leurs dividendes, à la différence des fuites financières et déficits qu’ils ont laissés aller dans les entreprises publiques. Leur responsabilité de la dévalorisation du travail et des services publics dans leurs essences même est grande.

Nous en souffrons encore plus aujourd’hui. En effet, avec ces gens, le rationalisme exponentiel, économique et industriel national et mondial actuel au service du libéralisme s’est accaparé du savoir du travail de l’ouvrier au cadre supérieur dans beaucoup de domaines. Ce savoir se retrouve aujourd’hui plus dans les disques durs des fermes d’ordinateur, de serveurs d’entreprises que dans le cerveau de ces mêmes ouvriers et cadres. L’œuvre au travail n’est plus demandée et la gestion de ce travail techniciste ne demande qu’un savoir virtuel informatique qui n’a plus aucun lien avec les matières premières ou les sciences du vivant par exemple : la pierre, le bois, les minéraux, les métaux… ou encore en médecine ou en sciences humaines où la rationalité exacerbée est aussi présente. Si le travail, au sens de l’éloge, de la gloire, de l’honneur d’entreprendre, de bâtir est encore présent dans notre société et dans des domaines complexes par exemple la création d’un coeur artificiel complètement autonome, qu’en est-il de métiers par exemple de menuisier ou d’ébéniste, artisans qui créent un meuble, le sculptent, soit à partir de bois brut ou par plaquage ?

Que sont devenus ces ouvriers expérimentés, polyvalents, manuels et intellectuels, comme ces bâtisseurs de cathédrales, possédant une longue formation issue de la tradition ancestrale d’un ensemble de métiers, remplacée par l’ouvrier spécialisé formé brièvement pour l’exécution de quelques gestes répétitifs sur les machines ou encore du travailleur intellectuel et chercheur qui cognitivement est de plus en plus influencé et enfermé dans des domaines ciblés par une technologie devenue politique, une hyperspécialisation au service de la finance. Dans ce morcellement du travail, chacun n’apporte qu’une minime part à un « tout matériel » où la production est de moindre qualité, il n’y a plus d’œuvre commune dans l’entreprise où existait une participation des employés. Les délocalisations ont fait aussi œuvre inverse. Ces oublis de savoir et ces nouvelles tâches ne favorisent en rien l’amour du travail conduisant à l’honneur du travail bien fait, même si elles présentent l’avantage de rendre accessibles les objets techniques non durables à un plus grand nombre de gens, par l’abaissement du prix de revient de la production.

Pour autant, la disparition des corporations professionnelles, qui pouvait laisser entrevoir une baisse de la qualité d’exécution en ce qui a trait au travail industriel, ne pouvait laisser croire à la disparition du sens de l’œuvre au travail dans le modèle français. Même s’il reste peu utilisé par la masse de travailleurs, ce sens est inscrit de façon « mythogène » au cœur de la vie de notre société, de sa biodiversité géographique et de l’humain de sa nation.

 

Conclusion

Un travail ré-enchanteur

Au-delà d’un savoir-faire, c’est donc un véritable « savoir être » dans le travail que notre société doit proposer aux jeunes et à ceux qui travaillent pour réussir leur vie.  Cette valeur du travail issu de notre modèle doit être mieux étudiée par la science économique. Nous savons mettre les choses ensemble, en commun, remplies d’individualités qui font la richesse de la France. Malgré tous les travaux de Marx, le travail dans notre modèle est aussi dans un autre registre initiatique et culturel qui peut être d’une autre rationalité respectueuse de la nature de l’homme. Comme le dit Bachelard dans « La terre et les rêveries de la volonté » de 1948, pour garder le sens des joies de la vigueur, il faudrait retrouver le souvenir de nos luttes contre le monde résistant.

En effet, par sa valeur cachée, en nous obligeant à ces luttes contre la matière et le monde résistant, le travail nous offre une sorte de psychanalyse ou une alchimie naturelle pour une libération dans toutes les couches de l’être. Selon Bachelard, « grâce à cette psychanalyse, le travailleur se débarrasse des rêveries oisives et lourdes par trois moyens : le travail énergique lui-même, la maîtrise évidente sur la matière, la forme géométrique durement réalisée. »

Mais pour parvenir à cela, Bachelard parle « d’examiner les valeurs de la patience. » Viendrait alors de la forme dégrossie, l’étude de la forme polie. »Un aspect temporel nouveau devrait alors être incorporé à l’objet travaillé. » Et Bachelard de citer ce beau poème distique de Paul Eluard :

« Cendres, polissez la pierre

Qui polit le doigt studieux. »

Ainsi, par le travail ainsi valorisé, (en ce sens, un travailleur atteindrait un état de recherche et de création sociale), ce travailleur manuel ou intellectuel ou les deux à la fois découvre ses potentialités dans la dextérité de ses doigts, de ses mains, des objets qui prolongent son cerveau, outils de son esprit et de sa spiritualité. Ce sens du travail, les épreuves qu’il s’impose, lui fait alors découvrir ses capacités et ses inaptitudes. De cette façon, quand le travailleur est dans l’action, il participe pleinement à une rêverie d’un travail fascinant et poétique (techno en grec) qui ouvre son esprit, comme dit Bachelard, à l’imagination et à la volonté où il ne fabrique pas uniquement ce qu’il veut, mais aussi un composant technique symbolique qui fait la société et qui fait l’Homme.

Goethe qui aurait dit : « Man bohre ein Loch durch ein Brett, ein Tunnel durch eine Berg ! » « On perce un trou à travers une planche, un tunnel à travers une montagne ! » Eh ! bien ! C’est ainsi à égalité, avec respect, et avec notre propre liberté à tous deux, que je rêve que nos pays, l’Allemagne et la France, peuvent et doivent correspondre et collaborer dans un travail commun pour notre perfectionnement, au jour le jour et bâtir une Europe de coopération pour nos enfants et la paix dans le monde. Cela doit être intrinsèque à nos deux peuples !

 Bibliographie

 –          Bachelard Gaston, 1948, La terre et les rêveries de la volonté, librairie J. Corti, Paris, 407 pages

–          De Gaulle Charles, 1970, Mémoires d’Espoir, Imprimerie Hérrissey, Evreux, 314 pages.

–          Dumézil Georges, 1987, Entretien avec Didier Eribon, Edition Gallimard, Paris, 222 pages.

–          Iribarne Philippe d’, 1989, La logique de l’honneur, Edition du Seuil, Paris, 277 pages.

–         Karl Marx à Frédéric Engels le 8 octobre 1853 texte sur le colonialisme, 1977, éditions du Progrès, Moscou, 430 pages.

–          Legay Armand, 2010, page 18, Thèse de doctorat, Université de Rouen, 500 pages.

–          Moscovici Serge, 1977,  Essais sur l’histoire humaine de la nature, Flammarion, Paris, 570 pages.

–          Schumpeter Joseph, 1942, Capitalisme, socialisme et démocratie, édition numérique, une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm, Paris, petite bibliothèque Payot, deuxième édition, 1946, 433 pages.

–          Sieyès Emmanuel Joseph, 1789, Éditions du Boucher (Pdf), 75011 Paris, 87 pages

–          Simodon Gilbert, 1958, Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, Paris, 270 pages.

–          Todd Emmanuel, 2008, Après la démocratie, Edition Gallimard, Paris, 311 pages.


[1] L’éconologie ou économie écologique, est le néologisme issu de la contraction des termes écologie et économie et désigne un ensemble d’activités à la fois rentables économiquement et soucieuses de l’environnement. Ce mouvement né à la fin du xxe siècle vise à limiter au maximum la consommation d’énergies non renouvelables tout en excluant la dématérialisation de l’économie. (Site econologie .com)

 


NOTES

[1] Conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui fonde les types d’explications envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée. (ATILF dictionnaire CNRS)

[2] Dans le sens de désordre, de cahot économique et environnemental plutôt que  crise (du grec crisis, mutation) qui pourrait conduire a un nouvel ordre encore inconnu.

[3] Libéralisme: Ensemble des doctrines économiques fondées sur la non-intervention (ou sur la limitation de l’intervention) de l’État dans l’entreprise, les échanges, le profit. (ATILF, dictionnaire CNRS) Néolibéralisme:Forme moderne du libéralisme qui admet une intervention limitée de l’état. « Un certain nombre de personnes qui sont très engagées par ailleurs, et qui se trouvent attachées au thème de l’existentialisme, en arrivent à développer des théories politiques qui, au fond (…) sont des théories teintées de néo-libéralisme. »(SARTRE, Existent., 1946, p.129). (ATILF, dictionnaire CNRS)

[4] Note de l’auteur: « Aux yeux de l’oligarchie financière, cette France moisie (avec ses valeurs archaïques selon Sollers), ce petit village  gaulois résistant aux appétits, créateur d’idées nouvelles dans son histoire et fauteur de trouble sur la planète libérale doit disparaître. »

[6] Texte intégral de la Résolution du XVIIe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) sur le rapport d’activité du XVIe Comité central adoptée le 21 octobre 2007 par le XVIIe Congrès du PCC. (http://french.china.org.cn/china/archives/congres17/2007-10/25/content_9120866.htm)

[7] La banque ICBC est la première banque mondiale en termes de capitalisation boursière. Elle opère dans 28 pays ou territoires avec 203 branches. Hors de la Chine, la banque compte 4.400 employés locaux.

[8] Sans pôle public énergétique (toutes énergies confondues), c’est un leurre que de croire qu’un pôle public financier à lui seul puisse avoir une action sur l’économie, car l’énergie est, avant la monnaie, et avec la masse de producteur, la force  qui fait tourner nos usines. Qui détient l’énergie  détient la finance!

[9] « Une anatomie, ou plutôt une dissection classificatrice, analogue à celles que l’on pratique en biologie, préparerait la voie à une physiologie qui étalerait sous nos yeux un tableau beaucoup plus complet et encore insoupçonné des facteurs, des éléments qui composent les ressources et la population, et ferait voir les fils qui courent d’un terme à l’autre. Pour l’instant, on en est encore à dénombrer les réserves d’énergie et à supputer l’explosion démographique, sans remarquer qu’une prédiction véritablement digne de ce nom doit tenir compte des transformations structurelles, et que la comptabilité de ces réserves et de cette explosion est pauvre, si le facteur habileté, connaissance, n’est pas rétabli dans l’unité ressources-population, en même temps que l’on reconnaît les traits historiquement et qualitativement distincts de l’une et de l’autre. La méthode d’extrapolation doit faire place aux lois théoriquement établies et rapportées aux processus vrais. »

[10] D’artefact: Phénomène d’origine artificielle. Produit de l’art, de l’industrie.

 [11] Terme et méthode inventé par l’auteur en 1982 pour rénover l’éducation populaire dans le sens de la circulaire du 13 nov. 1944 sur les mouvements de jeunesse: ”mettre fin à l’avilissement, à l’exploitation d’une jeunesse par la mécanique de l’enthousiasme si chère à Vichy”: L’ »Ecobiotopie » est une méthode de conscientisation des individus à la  création et la gestion de leur vie (économique, biologique, écologique et géographique) avec les personnes qu’ils côtoient tous les jours, dans leur quartier, leur entreprise. (Méthode inspirée aussi de l' »Approche centrée sur la personne » de Karl Rogers)

[12] Déconstruire, c’est reconstruire la série des événements et  de hasards qui a produit un objet technique ou social, une forme structurelle, une théorie, une science, une culture, une croyance, une religion, un état de fait, etc.. La déconstruction consiste à montrer le rôle du hasard ou de la non-linéarité des événements dans l’émergence de la construction d’objet technique ou social. Déconstruire, c’est faire le chemin à l’envers et distinguer l’articulation des contraires qui a mené à la forme. Déconstruire, c’est restituer au minimum l’enchevêtrement au cœur de la nature de l’homme, soit une revivification d’une forme structurelle, symbolique ou technique passée.

[13] Pour Derrida « la déconstruction n’est pas un système, pas plus qu’elle n’est une philosophie : elle interroge le principe philosophique ; c’est une aventure singulière dont le geste dépend à chaque fois de la situation, du contexte, politique notamment, du sujet, de son enracinement dans un lieu et une histoire, et lui permettent, en quelques sortes, de signer le geste déconstructif. » (Tribune libre de l’Humanité du 28 Janvier 2004) Jacques Derrida est un philosophe français qui a initié puis développé la déconstruction. Il est né le 15 juillet 1930 à El Biar (Algérie) Il est mort le 8 octobre 2004 à Paris.

[14] Stéphane Lupasco  est un philosophe français d’origine roumaine, auteur du  « Principe d’antagonisme et de la logique de l’énergie », Edition Hermann, 1951, Edition le Rocher, 1987, Monaco, 132 pages.

[15] « Dans les plus anciens fonds viticoles la France, dans celui qui est formé des apports antérieurs à la conquête romaine, se retrouve l’idée qu’il y a pour la vigne une matière noble d’exister et d’être cultivé, s’opposant à d’autres manières communes ou viles. Cette idée est exprimée par un mot provençal : ugni et ses variantes ugne, ugno, uni, qui désigne aujourd’hui un type de raisin blanc donnant des vins de choix. (…) La vigne, dès les débuts de son histoire humaine, et tout au long de celle-ci, se distingue par la puissance des impressions qu’elle fait sur l’amour-propre des détenteurs de terre. L’option  qu’elle oblige à faire entre les cépages grossiers et les autres contribuent à produire cet effet, qu’elle accentue encore par la rigueur avec laquelle elle refuse la qualité aux produits d’une culture insouciante ». (Dion, 1959, la civilisation de la vigne p. 78-79)

[16]  « Encore très récemment, le drapeau tricolore a été utilisé (pour ne pas dire instrumentalisé) afin d’emporter la décision présidentielle et proposer une intervention armée contre le régime libyen de Mouammar KHADAFI. Ainsi Bernard-Henri LEVY (BHL) a-t-il annoncé au président SARKOZY, dès son retour de la ville rebelle de Benghazi, en mars 2011 : «[L]e sang des Libyens éclaboussera le drapeau français qui flotte sur Benghazi. Si ça se trouve, ce drapeau sera leur linceul». Le philosophe réitéra son invocation du drapeau, lors d’un entretien radiodiffusé pour tenter d’emporter le soutien des Français dans cette entreprise militaire. BHL convoque donc le drapeau national pour sensibiliser les Français au drame libyen et leur rappeler implicitement que la France serait le pays des droits de l’homme, de la défense universelle de la liberté… et que le fait de laisser notre drapeau taché du sang des rebelles serait une capitulation de nos valeurs, une sorte de défaite en rase campagne de nos propres idéaux. Force est de constater que la France, qu’elle soit révolutionnaire ou du 3e millénaire, reste sensible à cette geste nationale qui confine ici au récit de propagande au sens littéral du terme, puisque le mot « propagande » signifie tout simplement une action visant à propager la foi. Serait-ce la préfiguration d’un nouveau concept : le patriotisme humanitaire armé ? » (DERDAELE Elodie, 2011, page 15, maître de conférences de droit public, Nancy 2, http://www.droitconstitutionnel.org/congresNancy/comN1/derdaeleT1.pdf)

 

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